Fragilité mécanique des repousses

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floyd a écrit le 14/10/2019 11:06 (ref msg # 65698 )
Est-ce que les branches issues de repousses rapides (surgreffage, taille têtard) sont de constitution mécanique plus fragile que les arbres qui ont une croissance "normale"? Cette question est très intéressante, a suggéré Patrice.

Parmi les précautions classiques et recommandées à prendre après greffage, on connait la pose d'une attelle. Durant les premiers mois de la croissance des ramifications , elle assure principalement contre le risque de décollement du greffon et accessoirement elle soutient les pousses encore tendres et souples.
Dans le cas d'une vigueur exceptionnelle, des pincements voire une taille légère sont d'autres moyens efficaces.

Le surgreffage et l'émondage des têtards et autres trognes, produisent habituellement des repousses à la vigueur surprenante. C'est d'ailleurs sur la foi de ces observations que l'on a longtemps pensé que "tailler faisait du bien aux arbres". Tout le monde (?) sait qu'il n'en est rien.

Emonder et surgreffer ont en commun de produire des plaies souvent larges et longues à cicatriser.
Voilà bien un premier soucis d'ordre sanitaire, quand quelques champignons pathogènes s'introduisent à la faveur des intempéries, pluies et gelées. Je passe rapidement sur les bonnes pratiques, propreté des coupe, hygiénisation des outils de coupe, respect des formes anatomiques, coupe perpendiculaire, recherche d'une légère pente favorable à l'écoulement des eaux de pluie. Je laisse en suspens la question des argiles, mastics et baumes protecteurs .

Le décollement des repousses est d'ordre mécanique… certes, car la cause est liée au poids du rameau, aux effets du vent sur lui, et parfois à la visite de passereaux. Le phénomène est lui, d'ordre anatomique. Denis-Jacques Chevalier nous a montré avec ses coupes de tissus végétaux la merveilleuse apparition d'une liaison entre le PG et le greffon. Cette "soudure" d'abord fragile, se trouve renforcée à mesure que les assises génératrices produisent les xylème et phloème qui constituent l'anatomie normale du bois.
La première année voit une première "cerne" dont le rôle est extraordinairement vital. Mais cette première couche de bois est parfois trop fortement sollicitée. Le point de greffage reste une zone longtemps fragile puisqu'à mesure des années le greffon prend une ampleur toujours plus grande.
Les tailles de formation, et leurs élégants schémas géométriques, contribuaient au moins à équilibrer les forces et les vigueurs.

Les repousses sur têtard, ne diffèrent guère en termes d'anatomie. Elles sont "accrochées" par une unique cerne de bois, fragile et très sollicitée.
L'observation des bois de chauffage noueux que l'on fend, permet de découvrir comment les vraies branches sont structurellement ancrées dans le tronc: une sorte de "clou" conique. Greffes et repousses n'ont pas cet ancrage.

Le maintien d'un tire-sève est encore une de ces recommandations classiques dont on voit les effets bénéfiques sans en avoir saisi la logique.
Parmi les explications il faut se souvenir que l'auxine, messager hormonal issu des bourgeons apicaux, tendent à restreindre par les effets d'une certaine dominance, le développement des bourgeons. L'effet du tire-sève est donc paradoxal, un frein plutôt qu'un accélérateur.




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