Semis de porte-greffes "sélectionnés"

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patrice a écrit le 22/07/2019 08:52 (ref msg # 65315 )
Bonjour.

Nous sommes certains greffeurs à nous intéresser au semis in-situ du porte-greffe, en particulier au regard de la contrainte sécheresse et tenue au vent.

Au contraire d'un plant de pépinière qui voit son système racinaire endommagé par la transplantation, le semis in-situ, même s'il a des contraintes (vulnérabilité au stade juvénile...) a son système racinaire qui se voit respectueux de la physiologie de la plante dans son développement naturel, encore plus pour les espèces à racine fortement pivotante.

Concernant des espèces sans sélection de porte-greffes, par exemple le noyer, certains cerisiers, cela ne soulève guère de question.

Par contre, tel pour le pommier, la sélection variétale de porte-greffes a une plus-value qui est recherchée : mise à fruit avancée, port réduit, résistance à des parasites...

Il ne me semble pas que cette question ait été abordée sous cet angle : les semis de graines issus de porte-greffes sélectionnées (pommiers MM, prunus GF, Vitis ...) non greffés qu'on laisse porter fruit à cette fin proposent-ils des semis assez homogènes reportant à minima les caractéristiques de leurs parents.

Existe-t-il des techniques visant à optimiser la production de telles semences (par exemple sous voile, mettre plusieurs MM non greffés en vue que la pollinisation ne soit pas altérée par des arbres à caractéristiques moins intéressantes).

Le sujet doit être abordé espèce par espèce, voire même porte-greffe par porte greffe car le bon sens ne semble pas pouvoir généraliser la problématique posée, mais j'indique néanmoins cela dans la section générale du forum.

Merci.
Message modifié 2 fois ; la dernière fois le 22/07/2019 08:54 par patrice
anonyme a écrit le 24/07/2019 07:47 (ref msg # 65328 )
MITCHOURINE décrit en détail la méthode (pollinisation, semis) qu'il a utilisé pour créer ses nouvelles variétés quelque part ici:
http://ressources.semencespaysannes.org/...

Il y a 3 fichiers pour avoir l'ouvrage complet, pour tout récupérer, remonter sur
http://ressources.semencespaysannes.org/...
et se repositionner en recherchant MITCHOU mais je suis quasi certain que c'est dans le premier que j'ai vu ça.

Ceci dit, c'est une expérience longue et fastidieuse, dont je ne suis pas convaincu de l'utilité.
La plupart des auteurs (ceux que j'ai lus, bien sûr) prônent le repiquage, et même répété, surtout pour les arbres à fruits à pépins.
L'éducation prime sur la naissance!! (quelque part, ça me rassure)
Et peut-on parler de "méthode naturelle" s'agissant d'un arbre greffé?


Message modifié 1 fois ; la dernière fois le 24/07/2019 07:52 par
floyd a écrit le 24/07/2019 11:26 (ref msg # 65329 )
Si tant est que des preuves positives de l'intérêt d'une "éducation" aient été apportées, même avec les espoirs fournis par l'épigénétique, je ne vois pas comment un pépin issu d'un semencier cultivé dans un ailleurs même proche comme climat, sol, conduite, pourrait emporter avec lui une valeur réellement supérieure.
Inversement et pour être cohérent, il serait logique de cultiver sur place successivement plusieurs génération de PG issus de semences, pour espérer obtenir le sujet idéalement éduqué.
Et enfin il faudrait avoir acquis la certitude d'avoir obtenu ce sujet idéal. Il y a parfois loin entre les espérances et la réalité. Cette certitude reposerait sur l'observation durable pendant une ou deux décennies, permettant de juger le sujet jeune, ses différentes aptitudes au greffage, sa capacité à bien vieillir en bonne santé.

Bref, c'est affaire de patience, de persévérance et de financement, comme toujours lorsqu'il s'agit d'amélioration du végétal.
anonyme a écrit le 25/07/2019 08:10 (ref msg # 65333 )
je ne voyais pas si loin que Floyd!
Quand je parlais d'éducation, c'est aux bons soins habituels que je pensais: préparation du sol, qualité de la plantation, arrosage, taille, fumure, etc..
floyd a écrit le 25/07/2019 21:23 (ref msg # 65336 )
Dans le titre du fil, il y a le qualificatif "sélectionné" associé à l'idée qu'un semis en place produirait des résultats supérieurs aux pratiques classiques des pépinières.

En fait en arboriculture on butte rapidement sur l'ampleur et l'efficacité (parfois toute relative) des travaux d'amélioration du sol.
Ce n'est ni la fosse de plantation et encore moins le trou de plantation qui garantissent la longévité de l'arbre cultivé.

L'idée de la racine pivot qui ferait le succès du semis en place est également à relativiser. Sans doute un fantasme, l'idée d'un sol si profond qu'il permette la progression d'un pivot au delà d'un mètre de profondeur. Certes il en existe mais ce n'est pas le cas général.

D'autant que ce sont les racines traçantes et présentes dans les couches supérieures qui assurent les besoins en eau et en minéraux de la plante. On a démontré leur rôle réel dans la stabilité mécanique de la partie aérienne.

Je n'oublie pas deux points méconnus:
- la rhizosphère qui complètent efficacement le fonctionnement biologique de l'arbre, quant elle peut survivre.
- les effets néfastes du compactage superficiel du sol lié aux passages de roues. (engins de fertilisation, de traitement, de récolte, de taille…)

On tient là sans doute l'explication des échecs les plus graves survenus dans les vergers intensifiés.
Bien évidemment dans un contexte de verger extensif, sans traitement fongicide, sans travail du sol, avec récolte manuelle, sans taille, voire sans greffage, etc… le scénario serait différent. Si la marge économique est préservée sur un cycle complet, (50 ans, 100 ans et plus ) alors pourquoi pas le semi en place!
patrice a écrit le 26/07/2019 06:50 (ref msg # 65340 )
"floyd" a écrit :


L'idée de la racine pivot qui ferait le succès du semis en place est également à relativiser. Sans doute un fantasme,


En 2008, en Isère, entre 5.000 et 6.000 noyers ont été arrachés par des vents violents, soit entre 20 à 30% des cultures.
Certes il ne faut pas prendre en compte que le système racinaire comme facteur. La plantation en rang d'oignon dans les champs sans plantes intermédiaires brise vent... Tout comme comparer la résistance en sécheresse entre des arbres issus de pépinière en rang d'oignon et des espèces sauvages de semis spontanée en bois avec toute un écosystème environnant. Il faut comparer ce qui est comparable.

Pour l'instant, dans le cadre d'une pratique purement amateur, les semis en place (souvent spontanés) semblent bien plus résistants à la sécheresse que les arbres transplantés. Ce ne sont que quelques observations personnelles qui ne me permettent pas d'affirmer... (amandiers, pistachiers, figuiers, Prunus Sainte Lucie....)

Je peine à trouver de la ressource documentaire sérieuse à ce sujet.



floyd a écrit le 03/08/2019 07:47 (ref msg # 65371 )
Pas de ressource documentaire, à vrai dire ça ne m'étonne pas.
Cette pratique est marginale et récente. Précisément pour avoir des retours absolument concluants, une observation constante pendant un siècle me paraitrait bonne mesure!

Sincèrement, je reste persuadé qu'il y a plus à gagner à mettre en pratique les connaissances agro-écologiques et horticoles les plus actuelles.
Je ne reviens pas dessus, j'en ai donné une liste dans mon message précédent.
Karmi3529 a écrit le 17/08/2019 07:10 (ref msg # 65463 )
Il y a tout un tas de théories sur le sujet. La plupart ne sont pas bien étayés.

Une des théorie que j'ai entendu (énoncé par Sobkoviac) était que la graine, durant les premiers stade de développement évalue l'environnement dans lequel elle se trouve pour tirer le meilleur de son patrimoine génétique et exprimer des traits qui lui donneront plus de chances de survivre. https://www.youtube.com/watch?v=pBmpRKiL...

C'est vrai que de manière générale, beaucoup ont constaté qu'un arbre semé en place semble en meilleur santé qu'un arbre repiqué (vigueur, résilience aux diverse stress biotique et abiotique). Dans ce cas il est sensé de greffer la-dessus.

La pratique de semi de pg en place ne dispense pas des bases : un sol ameublit, une protection anti-ravageur.



François du Perche a écrit le 17/08/2019 08:06 (ref msg # 65465 )
et pour complexifier le sujet, l'expérience montre que certaines variétés supportent très mal la transplantation et d'autres très bien.
floyd a écrit le 17/08/2019 09:52 (ref msg # 65469 )
La transplantation est tout un "art" qui dépend certes de la variété (racines plus ou moins fragiles, capacité à cicatriser et reperdre…) mais aussi et tellement du sol de départ, du sol d'arrivée, des soins de préparation avant et après transplantation, et de la durée du séjour hors sol, racines nues ou mottes plus ou moins protégées.
Oui certaines variétés sont réputées de meilleures reprises, mais c'est surtout parce que les autres résistent mal à des manipulations maladroites ou médiocrement exécutées.
L'habillage très sévères des racines nues et des prolongements fait partie de ces routines dangereuses; une meilleure connaissance de la physiologie végétale et du rôle des hormones suffisent à justifier des pratiques de non taille: les auxines issues des apex ont un rôle majeur dans le déploiement des racines.
La réussite d'une transplantation est donc également affaire de savoir.


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