cerisier greffé qui débourre

greffer.net >> Cerisier

tom a écrit le 02/01/2015 16:35 (ref msg # 46534 )
Bonjour,

j'ai greffé un cerisier ( mon premier et le seul qui tienne ) l'année dernière, en septembre. Il avait déjà débuté le débourrement en décembre, mais je l'avais protégé.

Cette année, il débourre en ce moment...! Je le protège, mais j'ai plusieurs questions :

- en général, les fruits apparaissent à partir de la troisième année de greffe ( parfois dès la seconde année ) ; est-ce que cela signifie trois débourrements avant la mise à fruit ? Par exemple, si j'étais dans un pays tropical ( avec deux débourrements par an ), la mise à fruit ne se ferait-elle qu'au bout d'un an et demi ( deux fois plus rapidement qu'en France ) ?

- Le fait qu'il débourre maintenant signifie que les boutons ont fini leur différenciation ( soit bourgeon à fleurs, soit bourgeon à feuilles ) ? Si oui, l'absence d'une période de froid pourrait-elle jouer sur la différenciation ?

Merci à vous !
floyd a écrit le 02/01/2015 17:56 (ref msg # 46536 )
Vu d'ici au Nord de la Loire, cette précocité peut étonner, mais vu de Casablanca l'avis est différent.

Par contre la différenciation du bourgeon florale, l'induction florale pour être précis, a lieu durant l'été précédent.
Le froid ou la sécheresse plus ou moins intenses ont pour effet de lever la dormance plus ou moins légère selon les variétés et les espèces qui survient après cette induction florale.

Reprenons le cas de la brindille couronnée de poirier; elle voit en une seule saison apparaitre un bourgeon floral.
On voit donc que le délai peut être plus court que les trois années évoquées.
tom a écrit le 02/01/2015 18:51 (ref msg # 46537 )
Donc, les bourgeons à fleurs sont induits dès l'été précédent.

Pourquoi l'induction, lors d'une greffe, met-elle trois ans, voire moins dans le cas du poirier ? Qu'est-ce qui joue ?


PS :

Une question hors-sujet : dans le cas d'un cerisier très tardif, comment fait-il pour la fécondation ( puisqu'il est auto-stérile ) ? Le pollen d'une autre variété sera déjà propagé...
floyd a écrit le 02/01/2015 19:39 (ref msg # 46540 )
S'agissant d'hormones, et on compte des nombreux messagers hormonaux (de mémoire 6 ou 7) avec des effets de synergie ou d'antagonisme des plus complexes, mettant en jeu racine, pépin, apex… il est difficile en une phrase de répondre à ta question.

La croissance vigoureuse, dite à bois, favorise l'apex et donc la production de l'auxine qui bloque l'induction florale.
La position du rameau a une influence notable; l'arcure réduit l'effet de l'auxine.

Bref, ce n'est pas le greffage en soi, mais la vigueur du jeune arbre qui "en moyenne" impose une durée qui peut être de 3 années avant la mise à fleur.

Pour la nouaison d'une variété tardive, comme pour les autres, il faut supposer la présence d'un autre sujet en fleurs, fut-ce dans le large périmètre (3 km) couvert par l'abeille et les autres pollinisateurs.
tom a écrit le 03/01/2015 10:47 (ref msg # 46548 )
Donc, si l'on greffait et que l'on soumettait la jeune pousse à une arcure suffisante dès le débourrement originel, nous pourrions avancer le moment de l'induction florale ?

Enfin, la deuxième poussée qui se produit sur les arbres dans les pays tropicaux proviennent d'une longue période de sécheresse, qui provoque le débourrement ( à l'inverse de chez nous ! ) ? C'est pourquoi, la température étant trop douce chez moi, mon cerisier se croit en pays tropical !
floyd a écrit le 03/01/2015 15:07 (ref msg # 46553 )
Toutes les pratiques qui peuvent inciter un sujet greffé à mettre à fruits sont intéressantes… si l'on est pressé de goûter les tout premiers fruits.
Si l'on vise une production un peu plus abondante, il reste nécessaire que l'arbre puisse établir une charpente correcte, solide, rationnelle.
On peut parvenir à concilier les deux objectifs, sous conditions de ne pas être trop impatient.

On parle bien de mécanismes biologiques, pour ne pas laisser croire que le végétal ait une capacité à décider de son avenir.
Ceci dit, c'est le risque de voir soudainement les températures s'effondrer et le gel provoquer des désastres qui doivent être notre préoccupation principale si l'on veut sauver la récolte 2015.
tom a écrit le 03/01/2015 15:54 (ref msg # 46556 )
Merci de tes réponses !

Je continue ; la différenciation se fait au moment de la lignification. Si je supprime le bourgeon de l'apex de l'année suivante dès la lignification, l'absence de l'auxine permettra-t-elle une plus grande différenciation florale ?

Autre question un peu hors-sujet :

Je me demande comment charpenter mon cerisier. Je crois que la méthode la plus productive est la forme en gobelet ; mais comment réussir à créer plusieurs charpentières partant d'une même hauteur ? En effet, tous les arbres vendus présentent cet avantage. J'imagine qu'il est étêté, provoquant plusieurs départs au niveau de la taille ; mais si j'étête le mien et qu'il n'y a qu'un seul départ, reprenant alors le rôle du tronc...Comment créer plusieurs charpentes partant du même point ?
floyd a écrit le 03/01/2015 18:40 (ref msg # 46567 )
La suppression de l'apex fut très longtemps la règle d'or des tailleurs de fruitiers.
Poussés à l'extrême ce furent la taille trigemme, les cassements et les pincements, qui jamais ne donnèrent systématiquement des résultats durables et satisfaisants.

Avec Lespinasse, les autres techniciens et chercheurs de la fin du XXe, ont compris le rôle de l'apex et l'inutilité de la taille terminale. Enfin…

Les formes dites "architecturées", dont le gobelet reste la moins absurde, se révèlent moins rationnelles que la conduite des fruitiers par la méthode dite "centrifuge".
Je t'invite à rechercher dans le remarquable ouvrage dirigé par Lespinasse et Leterme, "de la taille à la conduite des arbres", les bonnes raisons de renoncer aux vieilles méthodes.
tom a écrit le 03/01/2015 19:36 (ref msg # 46569 )
Dans ce cas, y a-t-il une technique permettant de différencier le plus de bourgeons en bourgeons à fleurs ? A part celles des architectures ?

Par exemple, la méthode Solen qui permet le ralentissement de la sève fortifiant la différenciation en bourgeons à fleurs ; celle-ci marche-t-elle pour tous les fruitiers ?
floyd a écrit le 03/01/2015 23:28 (ref msg # 46573 )
La vitesse de la sève, je ne sais pas ce que cela veut dire.
Le végétal n'est ni une "plomberie" ni un circuit hydraulique haute pression.

Si ton cerisier doit devenir un arbre de 10 mètres de hauteur, ce ne sont pas quelques coupes au sécateur qui vont l'en empêcher.
Ce n'est pourtant pas une raison pour retarder par des coupes intempestives, le cours normal de la mise à fruit.

Je sais la tentation de former en miniature, ce que donnera l'arbre adulte.
Cela reste une perte de temps.

Laisse donc évoluer ton cerise tranquillement en ne sortant le sécateur qu'en dernière extrémité si une branche cassée, croisée, fourchue, te semble réellement mal venue.
La physiologie est globalement la même pour les arbres à noyau comme ceux à pépins; donc une même conduite.
kawa a écrit le 05/01/2015 19:46 (ref msg # 46613 )
Bonjour

Je taille toujours mes cerisiers de façon à pouvoir monter dedans plus tard :
1) gobelet à 3 ou 4 charpentières
2) chaque charpentière est laissée libre de reprendre une direction verticale (ou presque), dès lors qu'elle s'est éloignée, disons, de 20-30 cm de l'axe (tous les moyens sont bons)
3) bien sûr, chaque charpentière va produire des s/charpentières, qui viendront former la houppier de bas en haut, à toujours garder vers l'extérieur

veiller aussi à ne pas trop éloigner les s/c entre elles pour faciliter la grimpette

concernant le départ simultané des charpentières... pas sûr que ce soit une obligation ? j'appelle ça la "taille de coffre", pour que l'arbre rentre dans la voiture lors de l'achat !
floyd a écrit le 05/01/2015 23:12 (ref msg # 46617 )
… et tu tailles mal.
Le but nest pas de produire une cage à singe, mais de cueillir facilement et à brève échéance, les premiers fruits.
Il sera temps de sortir une bonne échelle deux ou trois plans quand la prudence mère de la sureté sera venue et elle vient vite avec l'âge.
klakos a écrit le 06/01/2015 05:52 (ref msg # 46621 )
Couper bas l'axe vertical de manière à faire un gobelet reste l'usage courant chez les producteurs de cerises, de manière à avoir un arbre qui n'excède pas trop les 3 m (et que les saisonniers n'aillent pas grimper dans les arbres).
De la à dire qu'ils ont raison ? Toujours est-il qu'on en reste à ce point ici.

Toutefois certaines variétés doivent davantage se prêter à une conduite "plus libre", car il doit y en avoir qui feraient un genre de houppier à 5-6 m destiné à régaler les oiseaux.

Ceci dit la manière de tailler reste un sujet fort polémique...
floyd a écrit le 06/01/2015 10:09 (ref msg # 46625 )
C'est sans doute pourquoi les avis sur la conduite des arbres ne font pas partie de la thématique du forum.
Ceci dit tant qu'à proposer une solution, autant qu'elle apporte un progrès, une commodité, une simplification, de la sécurité…
tom a écrit le 07/01/2015 17:58 (ref msg # 46658 )
Les charpentières devraient-elles être inclinées à 45° ? ou bien, elles peuvent pousser librement ?


Sinon, ce débourrement précoce peut-il poser problème pour les greffes de mars ? Si les bourgeons sortent en partie ( s'ils sont arrêtés à temps par un froid salutaire ), seront-ils greffables ? Car je sais qu'il faut que l’œil ne soit pas en débourrement...
floyd a écrit le 07/01/2015 18:20 (ref msg # 46660 )
L'inclinaison à donner à une branche, ou arcure, est à nouveau mise en avant comme pratique permettant de maitriser l'excès de vigueur, ou plutôt pour modifier de façon utile le déploiement des messagers hormonaux.

Redire qu'il faut tenir les rameaux prélevés au frais pour ne poser que des greffons non débourrés.
tom a écrit le 11/01/2015 19:37 (ref msg # 46710 )
Je sais que pour les agrumes, une arcure entre 30° et 45° degrés est l'écart le plus productif ; mais je ne sais si pour les fruitiers, il en est de même...

Serait-ce une bêtise de greffer maintenant ? Je veux dire, la sève circule avec assez fluidité pour débuter le débourrement ; si je greffe : soit la soudure se réalise, soit la sève redescend, et le greffon se soudera lors de la véritable montée de sève ?

Ou bien, le greffon risque-t-il de se dessécher ?
floyd a écrit le 11/01/2015 22:28 (ref msg # 46714 )
En Provence, je pense qu'il est temps de greffer ce cerisier.
Le greffon de toute façon peut attendre si les températures devaient descendre et même en dessous de zéro.

Restera à réaliser avec soin le masticage de la greffe.
Bruno a écrit le 12/01/2015 09:13 (ref msg # 46717 )
Pour répartir la vigueur sur l'ensemble des yeux d'une branche on l'incline en général à 35°. Peut être qu' un tout petit moins inclinée, les yeux de l'extrémité de la branche ont un peu plus de vigueur si l'on veut qu'elle continue à s’accroitre.

tom a écrit le 12/01/2015 13:30 (ref msg # 46719 )
Merci beaucoup à vous deux !

Je vais donc greffer ; puis-je le faire pour tout fruitier ?

Bruno : merci pour cette image !

Il serait judicieux de l'arquer à 35°, donc ?
J'imagine que lorsque la sève est moins vigoureuse, la différenciation a plus de chance de se produire ; ainsi, sur une branche verticale, les fruits seraient à la base, tandis que sur une branche horizontale, ce serait le contraire.

Ai-je bien compris ?


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