Plosses du Jura,

greffer.net >> Identification de fruits

fdttl a écrit le 30/10/2014 17:20 (ref msg # 45743 )
En passant par le Jura,vers Morteau,j'ai été intrigué par un prunier sur le bord de la route,dans un village.Il avait tout à fait l'allure d'un prunier,et était couvert de prunelles comme celles que l'on voit partout,sinon qu'elles étaient d'un volume double de celles des haies de chez moi.La chair était semblable,verdatre,l'acidité et surtout l'astringence aussi.
En regardant derrière l'église j'ai pu voir qu'il y avait tout un verger de ces arbres, plantés serrés et semblait-il peu entretenus.
Ce n'était pas des buissons,avec des rejets,mais bien des arbres.
Il m'a semblé ainsi que Prunus spinosa avait été amélioré par les gens au cours des temps.
C'est en cherchant sur le net que j'ai trouvé le nom de "plosses" et leur utilisation pour faire la liqueur de prunelle et le poulet aux prune(lles).
Qu'en pensez-vous?
François
Ferréol a écrit le 30/10/2014 19:30 (ref msg # 45745 )
Alors, oui les plosses en Franche-Comté désignent les prunelles, aussi bien les petites sauvages que les améliorées, car oui aussi, il y a eu en Franche-Comté de la sélection faite sur les pruneliers pour améliorer le calibre, réduire un peu le côté épineux et obtenir des plantes qui ressemblent un peu plus a des arbres qu'a des buissons.

On en trouve encore de-ci de-là mais ça devient de plus en plus rare, la principale utilisation de ces fruits était la distillation pour en obtenir une eau de vie qui d'après certains était équivalent en qualités aux bons kirschs. La liqueur de prunelle, ça se faisait aussi mais plutôt dans la Bourgogne voisine et cela consomme beaucoup moins de fruits. Comme la distillation est un loisir qui tend a fortement régresser (même si le département du Jura a lui tout seul compte encore près de 3000 alambics déclarés aux douanes), la culture et l'entretien de ces pruneliers améliorés régresse beaucoup. Je crois que c'était surtout multiplié en récupérant les rejets de la base des plantes (comme pas mal d'autres prunes locales, comme la mirabelle d'Amagney).

Il y en avait encore quelques pieds dans mon village il y a une dizaine d'années mais je crois qu'ils n'existent plus...
fdttl a écrit le 31/10/2014 06:13 (ref msg # 45747 )
J'ai vu la recette de l'eau de vie,c'est redoutable: 1kg de sucre dans le tonneau de fermentation pour 100 l de plosses.
On ramasse le fruit après les premières gelées et on distille en février.Sans le sucre cela fermente mal.
La distillation et le sucre sont apparus dans les campagnes au plus tôt au début du XVII ième siècle.
Mais on peut imaginer que l'amélioration de ce fruit est beaucoup plus ancienne dans la nuit des temps,pour l'alimentation
en vitamines,sucres simples,et substances diététiques pour l'hiver.
Fruits frais cuits avec des viandes,ou séchés avec des saucissons, des pains ou des bouillies.
Ou en tonneau rempli d'eau genre sorbet:boisson légèrement alcoolisée.
On m'a donné quelques greffons.
François
Ferréol a écrit le 31/10/2014 08:35 (ref msg # 45750 )
L'ajout de sucre en début de fermentation est une pratique courante mais elle n'est pas indispensable, si on fait attention à la qualité des fruits au départ elle devient même quasi inutile. Elle sert essentiellement à ce que les levures de la fermentation alcoolique s'installent plus rapidement que les micro-organismes responsables de la pourriture. Or, si les fruits sont sains, il n'y a pas de raison que la pourriture s'installe...
Cette pratique est par ailleurs dans mes souvenirs interdite par les douanes.

Je ne sais pas de quand date la sélection de ces arbres mais une chose est sure, des pruniers produisant des fruits bien meilleurs pour la table existent eux aussi depuis bien longtemps, il semblerait que beaucoup de pruniers notamment la damassine et les autres damas aient été ramenés dans cette région à l'époque des croisades. Ce qui me fait dire que ces pruneliers améliorés n'avaient pas pour intérêt de produire des fruits de table mais plutôt des fruits destinés à la transformation, les "vins" de fruits en étant une possible...
gryzzly a écrit le 31/10/2014 12:22 (ref msg # 45752 )
comme le dit Ferréol, c' est la qualité du fruit qui est important
l' ajout de sucre augmente le rendement d' environ un litre d' eau de vie par kilo de sucre
20g de levure (pour un tonneau de 100l) et un peu d' eau tiède suffise pour faire démarrer la fermentation
fdttl a écrit le 31/10/2014 18:13 (ref msg # 45753 )
Je pense que l'arrivée du sucre des Antilles à la fin du XVI ième siècle a bouleversé le rapport au fruit (de même que le rapport au miel).
Peut-être que des mets comme les poires tapées sont des archaïsmes qui nous sont parvenus.
floyd a écrit le 31/10/2014 19:00 (ref msg # 45755 )
Certainement, et le sucre de betterave au XIXe a démocratisé ce produit de luxe.
Ferréol a écrit le 31/10/2014 19:40 (ref msg # 45756 )
Le fil de discussion dérive petit à petit mais bon... Pour en revenir aux sucres de l'époque, en Franche-Comté était fabriquée la mouèsse ou mouësse, je ne sais pas comment ça s'écrit, et qui était une sorte de mélasse pouvant rappeler le miel, produite a base de jus de fruits naturellement riches en sucre, comme le raisin ou la pomme et doucement concentré en l'évaporant au coin du feu. Ce produit sucré devait, lui, être disponible dans les campagnes, y compris aux foyers modestes...
fdttl a écrit le 01/11/2014 07:11 (ref msg # 45757 )
On appelle ce jus concentré du résiné.
Je crois que le sujet dérive à cause d'un rapport à l'histoire:
si on considère comme date l'introduction de l'alambic et du Sucre des Antilles,
Avant cette date,les plosses peuvent avoir été utilisées en pemican,avec les puls (toutes les bouillies dont le pain) et en sorbet (boissons).
Et cela depuis fort longtemps,rien ne s'oppose à ce que cela soit même avant le néolithique.
Depuis la date de l'alambic et du sucre de canne il ne s'agit plus que de goutte,je veux dire en ce qui concerne l'alimentation courante
Or l'amélioration de Prunus spinosa semble particulière au Jura.
Le croisement avec les prunes d'orient est-il possible ou bien cette amélioration ne vient-elle que de sélection massale?
Y a-t-il des plosses améliorées dans le Jura parce que le pommier n'y pousse pas (calcaire).
Vu l'impasse actuelle de l'arboriculture en relation avec l'usage de la chimie et la nécessité de fournir les villes qui ne cultivent point
l'apprivoisement des plantes nouvelles ou retrouvées est un vrai sujet.
Je crois qu'on fait de la liqueur de prunelles aussi dans le pays Basque,j'en ai eu goûté, c'était un délice.Ce n'était pas très fort.
Ferréol a écrit le 01/11/2014 07:53 (ref msg # 45758 )
Oui, c'est vrai le terme 'français' est bien raisiné ou résiné d'ailleurs, pour l'orthographe, je ne sais pas.

Pour ce qui est de la sélection des plosses, je ne sais pas si elle est si ancienne que ça, je n'ai aucun argument dans un sens comme dans l'autre...

Le croisement avec des prunes d'orient existe, je ne sais pas si ce terme est utilisé dans tout le jura mais nous on appelle le produit de ce croisement de la prune à cochon, qui d'ailleurs suivant les hasards du croisements peuvent donner des résultats intéressants. J'en ai un exemplaire dans le talus a coté de mon verger dont je ramasse les fruits chaque année, ils sont abondants et donnent une eau de vie tout a fait honorable. On en mange un peu en confitures aussi. Elle a le défaut d'avoir une chair adhérente au noyau. Je pense que c'est un croisement 'plosse x damassine'.

En revanche, le pommier supporte très bien le calcaire et le pommier est un arbre très répandu dans tout le massif jurassien, le pays de Montbéliard est d'ailleurs particulièrement riche en variétés. Cela est dû a son passé, les prince de Würtemberg qui régnaient sur la principauté de Montbéliard ont beaucoup favorisé les sciences naturalistes, l'agronomie, et accueillaient aussi régulièrement des réfugiés religieux (protestants, mennonites etc) qui apportaient aussi leurs obtentions agronomiques...

Les basques font en effet du patxaran avec les prunelles et de l'anis.
floyd a écrit le 01/11/2014 13:00 (ref msg # 45763 )
"fdttl" a écrit :
O
Vue l'impasse actuelle de l'arboriculture en relation avec l'usage de la chimie

Tu conclues un peu vite sur ce point!
Les travaux d'hybridations récents font appel aux vieilles variétés quand elles ont quelque-chose à apporter.
Les méthodes de cultures quant à elles ont largement évolués, et le topic sur la conférence de Mme Leterme montre une des voies possibles.


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