Pépinière, d'où viennent les greffons ?

greffer.net >> Greffage

Pointeurdevide a écrit le 23/05/2013 02:27
Bonjour tout le monde !
On dit bien qu'il n'y a pas de question bête, alors voici la mienne... ops:

J'imagine bien que les porte-greffe se multiplient par semis : merisier, myrobalan, mahaleb et les 356189 autres.
Et que les greffons sont prélevés sur des arbres bien identifiés et aux qualités connues.

Mais... : Peut-on indéfiniment prendre des greffons sur un arbre plus ancien et créer une nouvelle greffe ? Ou bien les arbres ont-ils un âge-limite, comme les humains dont les télomères se raccourcissent avec le temps ?

Et si les greffons ne doivent pas accumuler trop d'années (combien ?) sur plusieurs générations d'arbres, comment obtient-on de jeunes greffons ? Quelqu'un (l'Inra ?) se charge-t-il de cultiver pas semis les espèces et cultivars des greffons pour introduire de temps en temps des individus jeunes ?

La même question surgit avec les arbres qu'on multiplie de préférence par bouturage ou marcottage.

De nombreuses espèces varient beaucoup lors d'une reproduction par semis, c'est même une bonne raison pour préférer greffer les fruitiers. Comment procède alors celui qui crée de jeunes individus fournissant les greffons : il sème de nombreux fruits et ne garde que les arbres conformes à la définition du cultivar ?

Interrogations élémentaires, mais je ne vois la chaîne que par le petit bout... Merci pour vos lumières !
floyd a écrit le 23/05/2013 21:11
Ainsi évoqués, ce sont les Pieds-mère qui font l'objet de ces questions.

Le ou les pieds-mères sont le "capital" du pépiniériste; des sujets cultivés et soignés à cette fin, sur lesquels seront prélevés les greffons ou les boutures nécessaires.

A partir d'un semis chanceux, le premier soin du pépiniériste consiste à dupliquer le sujet initial pour en tirer plusieurs pieds-mères qui seront mis en culture en plusieurs endroits. On ne prend pas le risque de conserver un unique pied-mère.

Le pépiniériste vendra plus cher les plants issus du sujet initial, un peu moins cher ceux de première génération, et encore moins cher ceux des générations suivantes.

La limitation est avant tout technique, puisque le prélèvement de greffons ou de boutures conduit à des sujets munis de nombreuses têtes de chat et à les épuiser rapidement.

Tout cela est donc simple… plus simple que tu ne l'imaginais, Pointeurdevide.
Pointeurdevide a écrit le 24/05/2013 01:18
Et en procédant ainsi, il n'y a pas de greffon à vieil ADN, donc pas de limite à ce sujet.

C'est plus clair. Merci Floyd !
nicollas a écrit le 24/05/2013 07:48
Par contre les arbres peuvent attraper des virus qui seraient transmis végétativement. Ca pose probléme pour les porte greffes, mais aussi les greffons de variétés j'imagine.
Bruno a écrit le 24/05/2013 10:12
Oui en effet il n'y a pas de vieil ADN.
Pour les cellules animales il y a un vieillissement cellulaire. A l’extrémité des chromosomes il existe des bouts d’ADN appelés télomères. Ces bouts ont tendance à se raccourcir à chaque division cellulaire. Ce qui fait qu'à la naissance une cellule a une possibilité de divisions maximale. La brebis Dolly (qui a été clonée) est rapidement devenue aussi vielle que sa mère, car elle avait des télomères raccourcis. Les cellules germinales échappent à ce phénomène.
Pour les cellules végétales il y a une capacité illimitée de division cellulaire.
Nicolas a raison pour les virus. Mais on peut débarrasser des variétés anciennes des virus par culture de cellules.
floyd a écrit le 24/05/2013 11:12
Pour les espèces et variétés virosées, la régénération par culture de méristème permet de produire des pieds-mère indemnes.
Les boutures ou greffons sont "indexés" et testés. Au delà de quelques générations successives, il est plus prudent de repartir du sujet initial et testé.

Ces précautions exigées des pro, ne sont guère accessibles aux amateurs.
Une bourse d'amateurs est une bonne chose, pour autant que les produits soient de qualité.
Sinon, ces échanges peuvent contribuer à la diffusion de maladies diverses.
Soyons prudents.
Ferréol a écrit le 29/05/2013 21:51
A noter que pour la plupart des fruitiers et même des plantes greffées, il faut greffer du bois de l'année et des pousses 'à bois' avec des bourgeons bien écartés les uns des autres, ce qui nécessite que le pied mère qui produit ce matériel soit dans un état physiologique 'jeune'.
Il est en général difficile de trouver des rameaux bons a greffer sur des pommiers/poiriers centenaires ou alors on en trouve quand on a rabattu une grosse branche, ce qui a eu pour effet de rejuvéniliser cette branche.

Pour quelques espèces par contre la greffe de rameaux de l'année ne fonctionne pas, comme le hêtre par exemple où la greffe ne fonctionne qu'avec des rameaux de 2 ans, il faut donc gérer ses pieds mères en fonction...

De toute façon la plupart des fruitiers sont maintenant cultivés sur des porte-greffes à vie brève et les plantation (y compris de pieds mères) sont renouvelées assez souvent.

Après vient la question de la stabilité des variétés. Pour ce qui est des variétés du catalogue officiel, il y a pour chaque variété un mainteneur officiel qui est chargé de conserver cette variété et élimine les mutations qui modifieraient la morphologie de la plante. Toute les mutations ne peuvent être éliminées de cette manière, les mutations muettes (qui n'ont pas d'implications sur la morphologie de la plante) passent au travers de cette vigilance.
C'est pourquoi des équipes de recherche travaillent sur la cryoconservation (matériel végétal conservé dans l'azote liquide mais qui peut être ressorti et cultivé par la suite) pour conserver en référence du matériel végétal au moment de son enregistrement comme nouvelle variété mais ce n'est à ma connaissance pas encore utilisé.
floyd a écrit le 29/05/2013 22:27
Ces histoires d'azote liquide, ça fait froid dans le dos.

Mais elles sont passionnantes. Pour le moins elles ont ce qui m'a fait choisir l'horticulture pour passion et pour métier.

J'ai tout de même l'impression d'un écart croissant entre nos pratiques issues du XIXe et ces trucs de labos à fond dans le XXIe.

Merci Férreol.
Pointeurdevide a écrit le 28/06/2013 22:33
[...] A partir d'un semis chanceux, [...] dupliquer le sujet initial pour en tirer plusieurs pieds-mères...

Au moins pour les cerises, il doit falloir une chance insolente pour obtenir par semis un bon cerisier, quand je vois tous les merisiers donnant des fruits impossibles à commercialiser.

Les arboriculteurs aident-ils la chance ? Par exemple en isolant des insectes deux arbres du cultivar souhaité, puis en passant d'une fleur à l'autre avec un coton-tige (habillés d'une chemise à rayures jaunes avec des ailes en carton dans le dos, pour parfaire l'illusion) ? Il resterait dans les noyaux la variabilité de la reproduction sexuée, mais au moins les parents seraient du bon cultivar.
Minipuce5 a écrit le 29/06/2013 15:16
Je te remets ici le lien vers un site dont on a déjà parlé sur un autre post: http://pomologie.com/pomme1/varexp/index...
Tu verras que certains s'amusent à tenter leur chance...
floyd a écrit le 29/06/2013 19:30
Aider le hasard et la nature, c'est bien entendu le but poursuivi par tout ceux qui espèrent un progrès.

Les obtentions par pollinisation contrôlée, manuelle ou non, produisent des pépins.
Le patrimoine génétique des plants issus de ces pépins seront donc une recombinaison plus ou moins complexe, plus ou moins réussie des chromosomes des deux parents.

Ce sujet a été plusieurs fois évoqué, en illustrant le propos avec des schémas d'hybridation sur plusieurs générations qui seuls, permettent de trouver une plante où seront associés les caractères recherchés.

Il faut un optimisme à tout épreuve pour annoncer une réussite durable et mémorable en seulement 4 années… Qualifier de réussite un semis chanceux, dépend également du niveau d'exigence que l'on se fixe.

Ceci dit, le présent forum traite de "Tout sur le greffage & autres multiplications végétatives".
Les techniques d'obtention par pollinisation et hybridation sont à priori hors thématique.
Pointeurdevide a écrit le 03/07/2013 01:18
Si effectivement il n'y a pas de souci avec les télomères, le clonage devrait intéresser les arboriculteurs! Reproduire le pied-mère sans aléa doit bien simplifier la vie...

Un arbre commence-t-il par une seule cellule, par exemple lorsque le noyau est créé dans le fruit ?
Pointeurdevide a écrit le 03/07/2013 13:37
Les eucaryotes qui doivent constituer les arbres ont des télomères, si je lis bien :
http://en.wikipedia.org/wiki/Telomere
ce qui devrait gêner le clonage à l'infini des candidats greffons, du moins selon les récits de la Presse générale à l'époque de Dolly.

Voyez-vous des avantages au clonage par rapport au marcottage ?
Pointeurdevide a écrit le 27/09/2013 19:48
Récemment, un juge étasunien a ordonné aux organisateurs de courses d'accepter les chevaux clonés, à la requête des propriétaires. Ce qui sous-entend que:
  • On sait maintenant cloner très correctement les chevaux, puisqu'ils courent vite;

  • Le souci de télomères ou autre, auxquels on attribuait la courte vie de Dolly, doit être résolu.


Cela relance l'intérêt potentiel de cloner des arbres fruitiers, pour obtenir à l'identique non seulement les branches comme le fait le greffage, mais aussi les racines, évitant ainsi un point faible de l'arbre. Que je sache, seules certaines espèces peuvent faire des racines par reproduction végétative, ou bien ?

À condition, bien sûr, qu'un arbre fruitier puisse se cloner - je n'ai strictement aucune opinion à ce sujet - et dans des conditions économiques raisonnables, au moins pour les pieds-mères, puisqu'un arbre se vend moins cher qu'un cheval de course.

Commentaires bienvenus comme d'habitude !
auxine a écrit le 30/09/2013 21:47
Bonjour,

Il est pas conseillé de prélever indéfiniment des greffons sur une plante : plus la plante est âgée, plus la reprise est délicate.
En pépinière, pour entretenir un niveau de juvénilité favorable à la reprise, on recèpe chaque année les plants au plus près des racines. Cette opération permet de faire apparaitre des "réitération traumatiques" qui ont les mêmes caractéristiques génétiques et morphologiques qu'une jeune plantule issue de semis.
Si génétiquement il y a pas de véritable différence entre une pousse juvénile et une autre plus âgée, l'expression des gènes et l'activité cellulaire est bien différente. Un rameau jeune de 1 an ne veut pas dire qu'il a les mêmes caractéristiques ou potentialités qu'une plantule d'un an. C'est se qu'on appel les stades ontogéniques.

(vous observerez la forme des feuilles après recepage et vous verrez qu'elles ressemblent à des cotylédons et non pas aux feuilles caractéristique de l'espèce ! Moins visible mais vérifiable également dans le cas du bouturage, le système racinaire est "parfait" : développement presque similaire à un semis, angle des racines identique les unes des autres, etc.)

Les plantes greffées donnent souvent plus rapidement des fleurs et des fruits parce que les greffons prélevés n'ont pas un stade ontogénétique juvénile. Ils sont prélevés sur des plantes déjà matures.

Pour ne pas "dégrader" les espèces et conserver toutes les caractéristiques il faut essayer de constituer ses pieds mère avec des générations de plants proche du plant originel. Les recéper chaque années et dans certain cas et pour certaines espèces utiliser l'in vitro en faisant de la culture de méristème.

Bref c'est un vaste et passionnant sujet encore assez peu appréhendé !
A bientôt !


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