Toujours des Merisiers, pourquoi ?

greffer.net >> Cerisier

Pointeurdevide a écrit le 18/06/2012 00:01
Rebonjour tout le monde, content de vous revoir !

J'aimerais comprendre : dans tous les jardins et vergers possédant des cerisiers poussent naturellement des merisiers.

Pour ce que j'ai vu jusqu'à présent, seulement des merisiers. De beaux merisiers, très homogènes : ils ont tous le même aspect, leurs fruits ont le même goût... Même lorsque, d'après leur distance aux cerisiers, ce sont des francs de semis.

Pourtant, je m'attendrais à ce que les cerises donnassent un arbre de la nature du greffon - peut-être faiblichon, ou très différent du géniteur, mais aussi varié que le sont les cerises.

Alors ? Toutes les cerises donnent par semis le merisier authentique et unique ? Ou bien parmi les semis et leur variabilité naturelle, seuls les Avium très proches du merisier typique arrivent à se développer ? Ou alors, aucune cerise ne donne d'arbre, et seul un premier drageon, de type merisier, produit des fruits capables d'un semis réussi ?

Mystère pour moi... Vos explications m'intéressent, merci !
François du Perche a écrit le 18/06/2012 11:26
Pour les reboisements en forêt, il y a 25 ans, les merisiers que l'on achetait étaient issus de la germination de noyaux (déchet gratuit des conserveries de cerises en Allemagne). Le résultat est que les arbres obtenus sont très divers, certains fourchus, d'autres tordus, d'autres droits. Les éclaircies permettent de faire la sélection. Maintenant, je crois qu'on utilise des clones pour limiter cette diversité qui génère trop de tocards. Pour les fruits, quelques rares individus arrivent à donner des cerises mangeables, mais la quasi totalité donne des merises. Malheureusement, je n'ai trouvé sur plusieurs hectares aucune belle grosse cerise intéressante qui aurait mérité d'être reproduite. Dommage.
Bruno a écrit le 18/06/2012 12:43
Ces merisiers ne sont-ils pas des drageons ?
Personnellement j'ai un noyau de cerisier Van qui a fait un arbre et qui donne des cerises tout à fait correctes.
Pointeurdevide a écrit le 18/06/2012 18:57
Merci !

Avec les bonnes observations, l'explication la plus logique est donc sauvée.

J'ai souvent vu des merisiers trop isolés pour être des drageons, mais ils devaient être des francs semés par des drageons.
Pointeurdevide a écrit le 03/07/2013 14:09
[...] germination de noyaux [...] les arbres obtenus sont très divers, certains fourchus, d'autres tordus, d'autres droits. [...] Maintenant, je crois qu'on utilise des clones pour limiter cette diversité qui génère trop de tocards.

Entre-temps, j'ai croisé plus de merisiers, et j'ai vu leur diversité. Donc, la reproduction de cerisiers par semis donne bien des sujets variés, comme vous l'aviez répondu à ma question initiale.

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Les arboriculteurs utilisent autant que possible la reproduction à l'identique (marcottage, bouturage, greffage) d'un (ou quelques) individu performant, ce qui signifie que dans un village, tous les cerisiers doivent être des copies génétiques de très peu d'individus. Cela pourrait-il contribuer à faire de leurs descendants naturels par semis des individus malsains, comme le fait la consanguinité chez les humains ?
tom a écrit le 14/07/2013 23:15
j'en profite pour poser plusieurs questions :

un semis de cerisier donne quoi concrètement ? un merisier ou un cerisier mais faible ?

et surtout comment reconnaître un merisier d'un cerisier pour être sûr ?

merci à vous !
floyd a écrit le 15/07/2013 06:45
Les arboriculteurs utilisent autant que possible la reproduction à l'identique (marcottage, bouturage, greffage) d'un (ou quelques) individu performant,…


La multiplication végétative conduit à la diffusion de clônes dont les individus sont dotés d'un patrimoine génétique unique.
Les sujets d'origine sont repérés pour leurs performances, leurs qualités ou l'absence de défaut majeur d'origine génétique. Ils sont aussi sélectionné sur leur état sanitaire, pour ne pas multiplier dans le même temps une maladie (virus, bactérie…).

Cet idéal technique n'est parfois pas atteint… les causes sont diverses. Malgré leur vigilance, un pépiniériste, un amateur, peuvent mettre en culture des arbres qui se révéleront imparfaits à plus ou moins long terme.

Les exemples ne manquent pas hélas, de "sélections" qui s'avèrent avec le temps, ou après l'apparition d'un problème inconnu à l'époque, fragiles sur un ou plusieurs points.
Quand cela se produit, l'ensemble des individus du clône présente le défaut, ce qui marque fortement les esprits. Surgissent alors des explications souvent de fantaisie qui lâchent des mots comme "dégénérescence, consanguinité, tocard, malsain…" sans grand rapport avec ce que l'on sait de la science arboricole.

La reproduction sexuée met en jeu des hybridations qui, à l'opposé du clônage, vont introduire de la diversité dans les patrimoines des semis… avec les aléas inévitables de cette "loterie génétique".
Il devient hasardeux de déterminer si cette diversité des produits et de leurs défauts éventuels est issue de l'un ou l'autre des parents.
La tentation est grande d'attribuer le défaut au parent femelle (celui qui porte le fruit) plutôt qu'au petit grain de pollen (mâle) venu dont on ne sait où.
C'est bien entendu une erreur.
François du Perche a écrit le 15/07/2013 11:18
Pour abonder dans le sens de Floyd, en introduisant les merisiers clonés, les pépiniéristes ont fait l'erreur d'en faire un nombre insuffisant, d'où des maladies qui ont ravagé des populations entières car ils avaient le même patrimoine génétique et donc étaient pareillement sensibles aux mêmes agressions. Pour se préserver de cela, il faut avoir plusieurs clones différents.
C'est valable pour à peu près tous les arbres et le bouturage non raisonné peut générer les mêmes effets.
Pointeurdevide a écrit le 29/08/2013 13:28
"L'homme qui veut semer des pépins de raisin"
http://www.lemonde.fr/style/article/2013...

(à lire vite, car les articles du Monde en ligne deviennent souvent inaccessibles le lendemain)
Bruno a écrit le 29/08/2013 16:47
Il y a quelque chose que je ne comprends pas dans cet article. Je ne vois pas pourquoi il y aurait un appauvrissement génétique des différents cépages avec le temps. Les gènes de la plante ne disparaissent pas. Il peut y avoir des virus qui infectent et affaiblissent la plante et qui se communiquent par les greffes et les boutures. Mais il est possible de remédier à ce problème par culture in vitro de méristème. Bien sûr on peut créer de nouveaux cépages par reproduction sexuée, qui auront peut-être des avantages, mais ça ne sera plus les mêmes cépages.
Il est vrai que pour la vigne (mais non je pense pour toutes les espèces, la vigne étant une des espèces où la carte génétique a été faite) on arrive à éviter la "loterie génétique" comme le dit Floyd car on est capable actuellement de sélectionner les jeunes plants alors qu'ils n'ont pas encore fructifiés par analyse génétique. C'est sans doute un moyen de créer des cépages de bon goût, résistants aux maladies et vigoureux. Ceci dit je ne vois pas par exemple les viticulteurs de Bourgogne abandonner le Pinot noir ou le Chardonnay.
floyd a écrit le 29/08/2013 17:29
Parmi les méthodes bio, la cosmodynamie ne m'a jamais convaincu de ses fondements les plus ésotériques.

Ceci posé, un vigneron réputé pour la qualité de ses vins peut se permettre de tenir des discours même s'ils sont loin de l'état de la science et de l'histoire viticole en ce début de XXIe.

Repris par la plume d'un journaliste sans doute assoiffé de sensationnel, on entre de plain pied dans l'irrationnel et le non vérifié.

Le vigneron veut produire de nouveaux hybrides; pas de problème!
Ou plutôt si, car il se passera longtemps avant que n'apparaissent des obtentions réellement meilleures et valables si possible à tout point de vue, culture, résistances, rendement, oenologie…

Il sera temps alors de "clôner" et de greffer…

Quant à la viticulture d'autrefois, elle se fondait sur le provignage. Des plants d'origine multiples étaient cultivés dans une même parcelle. Non pas en rangs rectilignes comme aujourd'hui, mais épars.
http://www.dico-du-vin.com/p/provignage-...

Epars parce que le vigneron marcottait selon son intuition les plants qui lui paraissaient les meilleurs.
Une certaine diversité lui permettait cependant d'équilibrer ses récoltes. Selon les années, selon les attaques des maladies et des ravageurs, il y avait toujours au moins un cépage qui sauvait l'année.

Marcottage, pas semis…


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