Bouturage et engrais

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patrice a écrit le 28/01/2008 11:42
Bonjour.

J'ai souvenir avoir lu à plusieurs reprise, pour les boutures (et même les semis), il ne fallait pas fertiliser. La fertilisation ne venait qu'ultérieurement, une fois un systeme racinaire assez bien établi.

En ayant acheté du terreau spécial bouture/semis, je vois que de l'engrais est incorporé.

Pouvez-vous lever mes doutes?

merci.
floyd a écrit le 28/01/2008 13:17
Bonjour à tous,
L'hygiène, cela a déjà été dit, compte beaucoup pour la réussite des boutures comme des greffes. Pour la culture in vitro (CIV) c'est une exigence absolue qui impose une stérilisation du milieu et des outils.
(nb: si le sujet intéresse je tenterai d'en dire plus)

Hygiène, donc sol inerte: la vermiculite, le sable, la tourbe, les écorces, le polystyrène… sont les composants les plus usuels. Aération et rétention d'eau optimales sont obtenues en mélangeants ces composants.

La bouture a besoin d'eau mais n'est pas "outillée" pour la prélever. Donc les sels fertilisants c'est pareil.
Brumisation et culture à l'étouffée aident le végétal à ne pas se déshydrater.

Je suggère à patrice de "diluer" son terreau tout prêt en incorporant du sable et de la vermiculite. (50/50?)
Au repiquage viendra le temps de fertiliser.
Cordialement
patrice a écrit le 28/01/2008 13:23
C'est bien ainsi que procède Xon2000 :
https://www.greffer.net/?p=42

J'ai acheté ce terreau pour mes semis de tomates, mais j'ai été intrigué par le fait que c'était vendu en tant que terreau spécial bouturage à engrais incorporé....
belinsecte a écrit le 01/04/2016 09:27
Question intéressante, avez vous comparé (avec ou sans engrais de bouturage), depuis ces échanges en 2008?

Je fais mes boutures dans un aquarium, avec un mini humidificateur d'air. En faisant des échanges de greffons, j'ai remarqué que certaines pommes et poires reçues formaient un cal au niveau de la coupe, pendant que ces greffons étaient dans un sachet plastique. d'où mes premiers essais de boutures.

J'ai pensé qu'il faudrait "donner à manger" aux boutures (les engraisser) quand j'en ai vu une faire de jeunes pousses puis faner, alors que dès le départ elle avait une radicelle ligneuse, c'était un bout d'amélanchier northline arraché au pied d'une plante, avec quelques mm de racine.
des fumeurs ont conclu que pour les boutures de cannabis, il faut donner de l'eau claire les 2 premiers jours, puis impérativement de l'engrais mais sans dépasser une certaine concentration fatale:
http://weedforum.keuf.net/t12-la-techniq...
(voir tout en bas de la page du lien ci dessus)

un vendeur indique qu'un engrais NPK 2-1-2 peut être utilisé dès le départ:
http://www.hydrodiscount.com/engrais-boo...
à une dilution de 4 ml pour 1L d'eau afin que l'EC de l'eau soit compris entre 0,7 et 1,3 mS

Ici on bouture dans des billes d'argile stérilisées:
http://www.culture-hydroponique.com/bout...
il y est écrit que l'hormone en poudre pourrait boucher les canaux de la tige.
Antigonos a écrit le 01/08/2016 20:31
Que de l'engrais soit incorporé n'est pas grave tant qu'il n'est pas trop concentré. Il n'est même pas certain que du véritable engrais ait été incorporé systématiquement, c'est surtout une manière de donner la teneur NPK du mélange. L'engrais est ajouté pour arriver toujours à cette teneur de manière stable, mais ce n'est que mon avis.

Ce que dit le vendeur sur l'utilisation d'un engrais NPK 2-1-2 "à une dilution de 4 ml pour 1L d'eau afin que l'EC de l'eau soit compris entre 0,7 et 1,3 mS" ne veut pas dire grand chose parce que la teneur d'un engrais NPK est toujours donnée pour la dilution indiquée sur la boîte ! Ce n'est absolument pas la concentration du produit lui-même, beaucoup plus forte ! Donc un engrais indiqué à NPK 2-1-2 donne le même résultat que la dilution indiquée soit de 4ml/l ou de 40ml/l : ce sera toujours NPK 2-1-2 au final ! Inversement, tu obtiendrais le même résultat avec un engrais 10 fois plus concentré simplement en le diluant dix lois plus qu'indiqué sur la boite. D'où l'intérêt d'acheter les engrais en poudre les plus concentrés mais en réfléchissant à ce que l'on fait. Un engrais acheté à NPK 2-1-2 c'est un engrais en poudre plein d'argile ou un engrais liquide plein d'eau...

Il est exact qu'une bouture n'a pas besoin de sels minéraux pour former ses racines : cela n'intervient pas dans le mécanisme. De même il est déconseillé de donner de l'engrais à un semis parce que les racines poussent moins lorsqu'elles trouvent sur place les sels minéraux ! Or l'enracinement joue aussi un rôle dans l'absorption de l'eau : si la plantule a de petites racines et seulement en surface la moindre déshydratation durant la journée sera fatale. Il vaut donc mieux que la plante forme d'abord de bonnes racines et idem pour les boutures : il y a un temps pour tout.
C'est pour cela que l'on utilise en général le mélange conseillé par Floyd qui en plus est bien aéré : les racines poussent plus profond car elles ont besoin d'oxygène pour grandir. Comme "bien aéré" ça veut dire aussi "perte d'eau facile" on place les plants dans une atmosphère à haute teneur en eau : serre ou terrarium - le terme "aquarium" est réservé à l'eau
Idéalement les boutures s'enracinent mieux avec un substrat plus chaud d'une dizaine de degrés que l'air au-dessus, d'où l'utilisation de fils chauffants étanches (voir plus bas). Mais au-dessus de 30° C leur vitesse de croissance chute : forcément, dans la nature, si le sol est à 30 °C c'est que l'on est... dans le désert !

Sinon il s'agit d'hormone de bouturage et non d'engrais de bouturage Les effets diffèrent selon les plantes, la concentration et le produit donc pas de généralités. Mais il est certain qu'il faut "tapoter" un coup la bouture pour faire tomber tout ce qui n'est pas collé car cela va nuire à la croissance des racines une fois formées : c'est quand même ballot de les perdre une fois qu'on les a obtenues
Cette hormone en poudre peut boucher l'entrée des canaux en théorie puisque c'est une argile qui sert de base mais normalement ces entrées ne sont pas utilisées puisque... s'il y a de la poudre c'est que la base n'est pas dans l'eau ! De toutes manières l'eau diffuse à travers toute la plante pendant la phase de bouturage, elle n'est pas en croissance et l'atmosphère humide la protège de la dessication.
Perso, je persiste à l'utiliser mais je doute de la nécessité : je fais souvent du marcottage aérien des PG et les racines ne se forment pas forcément où il y a l'hormone ! En plus ces hormones ne se conservent pas longtemps donc en général celle que l'on utilise est périmée. Je n'ai jamais essayé le truc connu du grain de blé placé dans un fente à la base, sensé produire de l'auxine : si c'est vrai au moins elle est fraîche. En marcottage on peut serrer le rameau avec un fil (j'utilise du cuivre de fil de terre) ou faire une découpe de l'écorce, ce qui stoppe la sève descendante donc concentre l'auxine, à condition d'avoir laissé les jeunes feuilles puisque c'est elles qui la produise.

Je me suis fait un bac chauffant comme dit plus haut avec un système de thermostat plongeant dans le substrat (récup d'un chauffe-eau) et un variateur (récup d'une lampe halogène), je détaillerai ça à l'occasion si ça intéresse. J'y ai même ajouté une clé USB que j'ai trouvée sur Ebay vraiment géniale qui enregistre toutes les variations de température toutes les 10 s à 24 h et pendant des mois si l'on veut, jusqu'à 32.000 mesures ! J'ai payé ce truc dans les 22 €. Un logiciel récupère les données sous divers formats et sort un graphique, c'est du régal. Ça enregistre au 1/10 de degré avec +- 0.5°C de précision et entre - 30 et + 70°C. C'est très intéressant pour voir de subtiles variations n'importe où c'est placé. Et ça affiche même la température J'avais pris ça pour faire les réglages : j'avais acheté la résistance il y a longtemps pour une quinzaine d'euros mais elle fait 100 W pour une boucle 7 m soit 14 m de fil ! Donc en plaçant ça enroulé dans un petit bac (photo) je risquais transformer mon bac en auto-cuiseur à l'étouffé . C'est pour ça que j'ai mis un variateur : pour faire chuter la tension donc la chaleur produite - la conso aussi... Le thermostat, je l'ai réglé dans de l'eau chaude pour qu'il coupe à 30° C. C'est un peu compliqué comme montage pour juste un bac de 1/4 m² alors que cela pourrait servir pour une salle entière ! Mine de rien, pour enrouler 7 m de fil sur une surface aussi faible j'ai dû faire "un peu" de calcul... J'ai attaché le fil sur un grillage en plastique qui a été placé au fond, sinon le fil se serait forcément croisé et c'est pas bon. Le bac est de la récup de poissonnerie bouché avec un mastic type Rubson de salle de bain. Ce n'est pas du tout une bonne idée car je me suis pris incroyablement la tête pour fixer l'ensemble électrique et le sommet transparent, absents dans la photo. Si c'était à refaire je ferais l'inverse : un bac rigide étanche en plastique avec déjà un toit transparent et un plaquage de polystyrène pour l'isolation.

PS : le bois aouté ne se bouture pas au printemps mais en hiver et inversement pour les rameaux herbacés qui s'enracinent vite au printemps mais pourrissent facilement en hiver.

floyd a écrit le 02/08/2016 18:26
Le truc du grain de blé… une belle histoire mais aucune réalité pratique.

Les poudres hormonée sont formulées avec du talc, et le "pour-cent" d'hormone nécessaire.
C'est une solution pratique pour l'amateur qui n'a pas à se préoccuper de dilution.

Il ne faut pas tarder à apporter une fertilisation soluble dès que la bouture est démarrée.
Les réserves contenues dans les tissus végétaux ne sont pas inusables…
Antigonos a écrit le 03/08/2016 14:50
Le truc du grain de blé… une belle histoire mais aucune réalité pratique.
Mince, encore un peu de poésie qui fout le camp...
Les poudres hormonée sont formulées avec du talc, et le "pour-cent" d'hormone nécessaire.
C'est une solution pratique pour l'amateur qui n'a pas à se préoccuper de dilution.
Oui, mais quand on lit les études spécifiques on voit que les besoins diffèrent selon les plantes donc cette formulation correspond à une plante standard un peu théorique. En culture in vitro diverses combinaisons de proportions sont également testées avant de trouver les meilleures proportions pour le résultat désiré. Donc il ne faut pas être étonné de constater parfois la totale inefficacité : pas de racine à l'endroit traité mais apparition à un autre endroit non traité, dans une zone cicatricielle par exemple - une absence totale de formation pourrait avoir d'autres causes que l'absence d'effet du traitement...
Est-ce que tu sais quelle est la vitesse de pénétration dans la plante (un ordre de grandeur ?) parce que lorsque l'on regarde le mode d'emploi, on peut se demander ce qu'il reste sur la bouture si on la plante immédiatement. Il n'est même pas précisé qu'il faut tasser soigneusement autour pour conserver la poudre dessus... En tout cas, personnellement, avant de mettre la poudre je gratte l'écorce très légèrement pour arriver à faire apparaître un peu de suc : l'hormone va restée collée et pénétrer directement, alors que l'écorce intacte est relativement imperméable par la subérine. (OK, je sais bien qu'il y a les lenticelles mais c'est variable...)
Il ne faut pas tarder à apporter une fertilisation soluble dès que la bouture est démarrée.
Les réserves contenues dans les tissus végétaux ne sont pas inusables…
De toutes manières on voit très vite que la teinte des feuilles devient plus claire. Même dans les marcottages aériens que je fais souvent (sphaigne + film alimentaire), dès que je vois quelques racines j'injecte de l'engrais. Cela réhumidifie le substrat tout en apportant des sels minéraux. Cela semble accélérer la croissance des racines. (En principe il faudrait privilégier le potassium et un peu le phosphore...) Ce n'est pas contradictoire avec ce que j'ai écris pour les semis : la disproportion avec la partie aérienne est ici très grande, ce n'est pas le cas pour une plantule, où ça réduit la croissance des racines.
floyd a écrit le 03/08/2016 16:51
Désolé mes connaissances sont anciennes, je ne saurais répondre plus précisément.
Mais je suis d'accord, d'énormes progrès ont été faits qui permettent aux horticulteurs les plus pointus d'optimiser les compostions des gels, solutions et protocoles utiles au bouturage.
Une rapide recherche sur la toile, montre que l'A.I.B., Acide β indole butyrique est encore à la base de nombreuses spécialités.

( Ceci dit, tu pratiques avec bon sens! )


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