Difficulté de greffage du Pêcher

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ceddz a écrit le 12/02/2020 16:39 (ref msg # 66527 )
Bonjour à tous, allez je me lance en expérant que le sujet n'ait pas été déjà traité trop souvent .

Cela fait plusieurs années que je cherche à greffer un beau pêcher d'environs 9 ans car il est très sensible à la cloque et ses fruits sont immangeables, ils restent verts et durs.
Il habite dans les Landes (Sudouest) à 30km de l'océan, le "sol" c'est du sable, on peut avoir plus de 2 mois en été sans une goutte d'eau et jusqu'à 42°, et à l'inverse des mi-saisons douces et -très humides-.
Voila mon ami le pêcher-franc (ou brugnonier, je sais plus) , qui est issu d'un semis, et que j'ai installé en terre vers 2011 :



Il est beau n'est-ce pas ? Je l'ai un peu taillé pour le conduire en verger, et sa production de fleurs au printemps est précoce et collossale.
Contre la cloque, j'ai tenté plein de méthodes douces : coquilles d'oeufs suspendues, fil de cuivre entouré, cuivre + zinc enterré, plantation d'ail au pied arrosage au levain boulanger dillué, bicarbonate de soude, incantations, tree-hugs etc... sauf la bouillie bordelaise car tiens à maintenir un sol vivant. Donc comme je le citais plus haut, ici c'est pas le froid que l'on craint, c'est les 99% d'humidité 6 mois par an et des températures clémentes, c'est la fiesta fongique

Mais bon comme cela n'est pas son seul défaut, parlons plutôt de la greffe.
Mon père m'a enseigné cet art alors que j'étais encore enfant, mais je n'ai malheureusement que peu pratiqué.
Je reste débutant mais avec quelques jolies réussites de poirier sur aubépine, pommier sur pommier franc, et un peu de cerisier.

Mes premier essais sur ce pêcher ont été en écusson sur oeil dormant, prélevés sur deux différents pêchers commerciaux de mon jardin (un sanguine précoce, et une autre blanche, toutes deux peu sensibles à la cloque)
Pour la méthode, j'ai pratiqué en écusson en début septembre, avec les indications que l'on peut trouver partout, en laissant un peu de bois derrière l'oeil triple, mastic et puis patience. Dans tous les cas (environs 10 essais sur des petites branches et aussi le tronc) l'oeil a séché très vite et a fini par tomber avant le printemps. Faut dire qu'en septembre il fait encore très chaud et très sec par chez nous.

Alors au printemps suivant, l'arbre prenant de plus en plus de volume et toujours cette cloque incurable, je me décide à lui faire une coupe plutôt sévère je l'admets :



Après quelques lectures sur ce forum, en fin février d'une année très douce et de floraison précoce j'y colle une quizaine de variétés différentes : 3 pêchers, deux amandiers, 2 abricotiers... avec différentes techniques de greffage : fente, écusson, anglaise, et en biais (je sais plus le nom). Je lui ai laissé une branche à lui en cas.
J'avais fait un petit reportage : https://www.facebook.com/photo.php?fbid=...
Mais malheureusement aucune greffe n'a pris non plus, assez rapidement les greffons ont tous séchés. Je n'ai pas eu d'écoulement de gomme car j'avais tout bien mastiqué, mais aucune réussite c'est quand même dommage, mais c'est quoi son problème à cet arbre ?
Enfin il a une telle vigueur qu'en 2 ans il avait repris un port aussi important qu'avant ma "mutilation".

Je suis pas d'un tempérament à laisser tomber, alors en mars dernier j'ai fait deux greffes par approche sur ce même récalcitrant.
J'ai semi-enterré deux pots contenant un abricotier et un autre une pêche de vigne. Je les ai greffés en approche, mastiqués et bien ligaturés puis "libérés" en juillet, j'ai coupé la branche venant de l'arbuste en pot pour le laisser alimenté uniquement par mon gros vieux, et là miracle, les deux ont pris, feuillage abondant et au printemps suivant les deux commencent leur débourrage !

Sur cette photo on devine encore la branche qui venant depuis en bas à gauche de l'abricotier en pot :





Je n'avais pas fait sur le moment de photos de la méthode, mais je viens de reproduire la même, et j'ai préparé quelques photos, cette fois-ci c'est dans l'autre sens : je greffe des scions francs en pot avec des variétés productives en terre de mon jardin :
J'approche le pot de mon scion issu de semis d'une branche basse de mon pêcher connu :



Je fais une incision qui coïcide sur chaque branche :



Une solide ligature au raphia :



Ensuite un bon mastiquage ou cellophane, une bande pour repérer la variété, et surtout un bon arrosage des deux.
J'en ai profité pour éclaircir un peu les branches des deux individus afin de concentrer la sève sur la suture, tout en laissant un tire-sève en tête sur chacun.
Je prévois de séparer les deux avant l'été puis de planter en terre le pêcher avec sa nouvelle variété.
Je manquerai pas de vous faire un retour.
Merci de m'avoir lu
Cédric
Message modifié 1 fois ; la dernière fois le 12/02/2020 18:01 par ceddz
patrice a écrit le 12/02/2020 19:05 (ref msg # 66529 )
Bonjour.

Quelques réactions à votre publication.

- La sensibilité à la cloque : il n'existe malheureusement pas à ma connaissance, tel vous le soulignez, de solution hors les traitements phytosanitaires. Certaines variétés dites insensibles à la cloque sont en fait moins sensibles mais marquent toujours des attaques en l'absence de traitement. Certains francs de semis qui se montrent insensibles peuvent se montrer sensible regreffés sur un autre territoire, d'où le fait de bien tester dans divers lieux et prendre du recul avant d'affirmer des insensibilités à la cloque. Tel vous l'indiquez, tous les remèdes de grand mère ne font que les choux gras des éditeurs de publications qui semble-t-il reproduisent ces astuces sans même les tester ; c'est tout du moins la conclusion à laquelle je suis arrivé après les avoir essayés (sauf les incantations et les tree hugs, je ne savais pas que se frotter aux arbres les prémunissaient des attaques fongiques). Je n'ai pas obtenu avec la cloque les mêmes résultats potentiels qu'avec les potagères avec les solutions à base de lait. Il y a me semble-t-il sur le forum des sujets dédiés à cette problématique.
Donc sauf à greffer des espèces autre que du pêcher/nectarinier, vous aurez la même problématique, la seule plus-value sera des fruits correspondant à vos attentes.

- La greffe n'est pas un art mais une technique.

- Il est possible de surgreffer des prunus de gros calibre mais cela reste déconseillé (contrairement aux pommiers, poiriers...). J'aurais pour ma part soit fait multiples greffes un peu en hauteur sur du calibre 1 cm maxi, si bien sur vous souhaitiez conserver le port actuel de l'arbre ; soit procéder à des coupes franches tel vous l'avez fait, et attendre l'été (période que je privilégie pour ma part quant aux prunus, en oeil dormant) ou l'hiver suivant pour greffer sur les repousses jeunes susceptibles de s'y former. Peut être une des raisons de vos échecs.

- La greffe en approche est souvent réservée aux cas extrêmes (impossibilité d'autre greffe tel pour les mimosas ou conditions particulières de sauvetage), car fastidieuse à réaliser, d'autre part le point de greffe ainsi obtenu n'est pas des plus élégant.


Message modifié 1 fois ; la dernière fois le 12/02/2020 19:07 par patrice
ceddz a écrit le 12/02/2020 19:28 (ref msg # 66530 )
Bonsoir Patrice et merci de votre réponse.

- Je le cite plus haut dans mon post (avant les photos), j'ai fait la plupart des greffes en écusson à oeil dormant en fin d'été sur des petites branches de moins d' 1cm) et un peu sur le tronc, mais sans succès, elles ont séché et l'oeil est tombé très vite.

- Les tree-hugs ou incantations, c'était une forme d'humour, quand on est à bout des solutions acceptables, on en arrive des fois à des "extrèmes"

- Les variétés greffées sur lesquelles j'ai pris les greffons sont peu sensible à la cloque, dans mon verger tout au moins, alors que ce franc c'est une horreur, c'est pour cette raison que je pense que dans le même contexte j'ai tout interêt à greffer ces variétés moins sensibles, et qui s'en sortent très bien sans aucun phyto ni incantation !

- Quand gamin je voyais mon père greffer des arbres, j'étais fasciné, pour moi c'était un grand chirurgien de la nature. J'ai le même ressenti quand je vois des charpentiers travailler à l'ancienne, ou des maçons se passer de niveau laser, certes ce ne sont que des techniques, mais leur rareté, le soin nécessaire et la passion qu'ils y mettent me font penser subjectivement à un art à part entière, mais ok c'est personnel.

- Après une quarantaine d'échecs de greffe de toutes sortes en toutes saisons sur cet arbre, je pense qu'il est légitime de penser que c'est un cas extrème (ou encore que je suis très mauvais), et je suis content de partager cette petite réussite avec ce forum qui m'a appris beaucoup, cependant j'accepte bien volontiers les critiques de greffeurs plus avisés

Cédric
clow a écrit le 13/02/2020 17:20 (ref msg # 66535 )
Petite parenthèse pour commencer:
Le greffage de base ne peut en effet être considéré comme un art mais une technique.
Mais il est également faux de le résumé à cela car tout art découle d'une technique au final comme en peinture, en céramique ou autres domaine ou la technique permet de créer l'art.
Et par ailleurs en allant plus loin bien que le terme d'artisan ne soit pas utilisé pour l'arboriculture ( bien qu'on puise réalisé des murs végétale etc ) le terme art est souvent confondu avec la notion de technique ( compétence manuel ) :
https://www.universalis.fr/encyclopedie/...
https://www.cnrtl.fr/etymologie/artisan
https://fr.wiktionary.org/wiki/artisan

Bien entendu c'est un point de vue perso mais il faut admettre que la nuance est plutôt faible.

Pour revenir au sujet en parlant des greffes par approche ( est un peu de l'art de l'arboriculture fruitière ) il ne faudrait pas oublier les nombreuses utilisation qui peuvent en être faites dans la création de forme fruitière quelles soient plate ou réalisé en volume .
Tout dépend donc de l'utilisation que l'on en fait, utilisation basique pour greffé comme tu le suggère Patrice ou autres.
Quand à l'aspect fastidieux tout dépend comment on s'y prend et pourquoi, des greffes par approches réalisé sur table ne sont guère plus compliqué à réalisé que des greffes en cadillac .

Quand au problèmes de la cloque la meilleurs méthode que j'ai trouvé à ce jour est la culture sous abris
patrice a écrit le 15/02/2020 10:52 (ref msg # 66538 )
"clow" a écrit :

Mais il est également faux de le résumé à cela car tout art découle d'une technique au final comme en peinture, en céramique ou autres domaine ou la technique permet de créer l'art.

Il y a souvent polémique quant à ces frontières, et sans vouloir soulever de polémique, la photographie est considérée comme un art alors que cela relève avant tout de la technique (dans les définitions actuelles) : une technique de capture d'un instant présent : ce qui est artistique est devant l'objectif et non celui qui tient l'appareil car c'est ce qui est pris en photo qui est à l'origine de l'émotion et l'émotion est souvent plus intense par le vécu réel de la scène que la visualisation de sa capture photographiée. Tout comme l'ingénieur du son, relevant d'une technique certes très ardue, n'est pas l'artiste car l'artiste c'est celui qui joue ou chante ; l'ingénieur du son avec sa technique capture au mieux (parfois en saccageant ou faussant la réalité) mais c'est un métier technique et scientifique méritant et élitiste à compétence artistique. J'en arrête là car je ne veux pas aller plus loin qu'argumenter sur cette frontière, au niveau de la greffe, enseignée dans les lycées agricoles, qui sont des établissements techniques et non artistiques ou d'artisanat. Le greffeur ne relève pas à ma connaissance de l'artisanat mais d'un métier agricole, au sens administratif du terme (code NAF...).

Quand à l'aspect fastidieux tout dépend comment on s'y prend et pourquoi, des greffes par approches réalisé sur table ne sont guère plus compliqué à réalisé que des greffes en cadillac .

Pour avoir exactement la zone du PG exactement en rapport avec la zone à greffer du greffon, même sur table, il faut parfois ajuster des hauteurs des pots pour les monter à la hauteur voulue, d'où ma qualification de fastidieux.

"ceddz" a écrit :

- Je le cite plus haut dans mon post (avant les photos), j'ai fait la plupart des greffes en écusson à oeil dormant en fin d'été sur des petites branches de moins d' 1cm) et un peu sur le tronc, mais sans succès, elles ont séché et l'oeil est tombé très vite.

Peut -être un problème de stress hydrique, tenter le chip-budding.
Votre arbre PG est-il bien un pêcher? A voir ce qui reste suspendu aux branches en période dormante sur la première photo, on a du mal à distinguer...

Message modifié 1 fois ; la dernière fois le 15/02/2020 10:55 par patrice
floyd a écrit le 15/02/2020 18:30 (ref msg # 66540 )
Quand un ouvrier ou un artisan, maître de sa technique, se lance dans une production "décorative" il sait en général qu'il n'est pas un artiste et que sa production n'est pas un objet d'art.
Quand un artiste produit une œuvre, qu'il soit habile ou peu ou pas, il sait qu'il n'est pas un artisan.
Ce qui trouble en général celui qui regarde l'objet, c'est qu'il peut ressentir une émotion forte, qu'il détaille un objet décoratif ou une œuvre d'art.
ceddz a écrit le 15/02/2020 21:24 (ref msg # 66542 )
Salut à tous,

Patrice : "Peut -être un problème de stress hydrique"
Oui probablement, c'est pour cela que j'ai détailllé mes conditions de culture, et j'ignore à quel point le climat peut compromettre une greffe en plein air.
Ici les étés sont arides, longs et chauds, et la terre sèche.
J'ai essayé une fois le chip-budding sans plus de réussite.

Patrice : "Votre arbre PG est-il bien un pêcher? A voir ce qui reste suspendu aux branches en période dormante sur la première photo, on a du mal à distinguer..."
Oui affirmatif, pêcher ou brugnognier

Je suis amusé de voir que mon sujet engendre autant de discussion sur la dualité art / technique !

J'ose tout de même espérer, que si comme moi un greffeur-gaffeur comme moi passe par ici, trouvera la solution que je cherchais après des années d'échecs de greffe standard dans ce contexte particulier (quel arbre, quel climat... ), mon reportage n'a d'autre ambition que celle-là

Cédric
patrice a écrit le 16/02/2020 09:06 (ref msg # 66543 )
"ceddz" a écrit :

Salut à tous,

Patrice : "Peut -être un problème de stress hydrique"
Oui probablement, c'est pour cela que j'ai détailllé mes conditions de culture, et j'ignore à quel point le climat peut compromettre une greffe en plein air.
Ici les étés sont arides, longs et chauds, et la terre sèche.


Cela se voit au moment de la réalisation aussi bien sur le porte-greffe que le greffon, ces derniers doivent être bien arrosés au moins trois semaines avant, et lors du décollement des parties, ne présenter aucune difficulté, aucune adhérence, "briller" de sève.


J'ai essayé une fois le chip-budding sans plus de réussite.


La réalisation est plus difficile et rebute souvent le débutant. Donc là encore la question est est-ce que cela a bien été réalisé.


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