Vergers de très haute-tige

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Maju74 a écrit le 16/01/2019 07:17 (ref msg # 64399 )
Bonjour,
Merci pour vos réponses,
Il est vrai que la difficulté de la greffe du noyer augmente à cette hauteur.
Est-ce que les noix issues de semis conservent les qualités de leurs parents, mis à part leur gabarit, ou est-ce comme les pommes qu'il faut impérativement greffer pour être sûr d'avoir la pomme souhaitée ? Est-ce qu'un semis de "Franquette" donne des "Franquette" à coup sûr ?
Je me dis que si ce n'est pas la vente de cerneaux qui est visée, mais plutôt la production d'huile, le gabarit des noix importerait moins.
Merci,
Maju74.
François du Perche a écrit le 16/01/2019 10:57 (ref msg # 64403 )
Le semis de Franquette donnera des + petites noix qui doivent très bien convenir si on veut faire de l'huile exclusivement. Pour les semis, peut-être que d'autres variétés conviendraient mieux, il faudrait poser la question à des organismes spécialistes de la noix, à Grenoble, Périgord ou autre. Ce serait beaucoup + simple. Peut-être faire un 1e semis en pépinière pour pouvoir trier les + vigoureux. Mais il faut un outil spécial pour déterrer le jeune plant avec son pivot et une terre légère. Ou semer plusieurs noix en place pour pouvoir faire une sélection ?
floyd a écrit le 16/01/2019 17:16 (ref msg # 64406 )
Noyer Bijou, « Maturité octobre, Fruit de très gros calibre, coque de forme carrée, cerneau devant se consommer rapidement après récolte. Mise à fruits assez rapide, arbre vigoureux au port érigé. Cette très jolie noix était utilisée autrefois pour réaliser des coffres à bijoux. »
J'ai gouté quelques noix faciles à ouvrir et délicieuses qui pourraient bien être de cette variété.
Remarquer le port érigé, la vigueur de l'arbre et la mise à fruit rapide. (aux dires de la pépinière du Bosc.)

Sinon en creusant la question on doit pouvoir dénicher l'arbre idéal, bois et fruits de qualité.
De quoi valoriser vite et mieux la plantation agroforestière.
François du Perche a écrit le 16/01/2019 23:30 (ref msg # 64412 )
j'ai un voisin qui a cette variété Bijou, très spectaculaire. Mais, bien que la noix soit beaucoup plus grosse, le cerneau était moins lourd que celui de mes franquette. Elle "roule des mécaniques" mais pour l'huile, c'est le poids du cerneau qui compte.
En Périgord, les vieux producteurs certifiaient que leur variété traditionnelle la "Grandjean" était beaucoup plus parfumée que la Franquette, donc pour de l'huile, ça doit compter si on vend dans un circuit où la qualité et le goût sont pris en compte. Peut-être qu'en Corrèze, ils jurent que leur variété traditionnelle la Marbot est encore meilleure. Ce sera dur de trancher !
Maju74 a écrit le 17/01/2019 07:18 (ref msg # 64414 )
Bonjour,
donc le semis de noyers tel qu'il était pratiqué pour les arbres de plein vent permet de conserver les qualités de la variété mère ?
Il va falloir effectivement que je compare les différentes variétés et ne pas oublier la production de bois à long terme.
La variété "Bijou" est décrite comme étant "à consommer rapidement après récolte". J'espère trouver une noix rustique qui se conserve bien, j'ai moi-même dans ma cave des noix de deux ans d'âge.
Le parfum et le goût comptent énormément dans un contexte de petit producteur et de circuit-court.
Merci pour toutes vos réponses,
Maju74.
floyd a écrit le 18/01/2019 16:55 (ref msg # 64421 )
https://books.google.fr/books?id=6pbtFya...

Histoire et amélioration de cinquante plantes cultivées
De Claire Doré, Fabrice Varoquaux

Excellent ouvrage qui indique que l'allogamie du noyer est favorisée par une dichogamie marquée (floraison décalée dans le temps)
Il est donc probable que les noix ne portent pas le même patrimoine génétique que l'arbre mère.
François du Perche a écrit le 19/01/2019 13:30 (ref msg # 64428 )
Et si on fait un premier semis en pépinière pour trier les + vigoureux, un vieux spécialiste des noyers me disait que l'année après la transplantation, il recépait systématiquement TOUS les plants pour repartir sur une jeune tige très vigoureuse qui donnait à terme un arbre + sain. Il faisait cela pour les noyers greffés mais cette règle doit aussi s'appliquer à des arbres francs de pied, car elle a pour but de compenser le choc de la transplantation.
floyd a écrit le 19/01/2019 18:26 (ref msg # 64430 )
Oui le recépage fait bien partie des techniques de la pépinière classique.
Le phénomène de crosse qui apparait, peut tout à faire faire croire à la trace d'un écussonnage, même s'il n'en est rien.
Arnould a écrit le 27/01/2019 11:31 (ref msg # 64447 )
@maju74

Je suis fan du cormier alors je suis obligé de répondre. Le cormier est un très bon candidat à être greffé en hauteur. La preuve que ça marche à très long terme, c'est ce cormier du Perray-en-Yvelines greffé il y a peut-être 300 ans à environ 2m20 de hauteur et qui est en pleine forme sur son tronc de 3m60 de circonférence :

http://floredesenlisse.hautetfort.com/ar...

Quand les cormes tombent, elles sont mûres mais encore dures, même si elles tombent de 30 m de hauteur, elle n'éclatent pas, comme les noix en fait... Ci-dessous des cormes produites par cet arbre entre peut-être 8 et 25 m de hauteur. Et pour faire le cormé, boisson haut de gamme qui va forcément conquérir le monde, il faudra beaucoup, mais alors vraiment beaucoup, de cormes !

François du Perche a écrit le 27/01/2019 16:13 (ref msg # 64449 )
On n'est pas sûr qu'il s'agisse d'un bourrelet de greffe, c'est peut-être une strangulation, une casse nette lors d'une tempête (il y a très longtemps) ou autre qui a provoqué ce bourrelet. Ce serait intéressant de faire 2 tests ADN comparatifs pour valider cette hypothèse.
Pour une association, ça ne doit pas être très compliqué et ce serait instructif avant de se lancer dans une plantation conséquente.
Car l'idée d'un verger haute tige est séduisante, mais il faudrait bien maîtriser la technique de greffe en hauteur. Il faudrait une bille de bois d'au moins 3m, et + si possible. Pour ce qui est de la promotion du jus de corme, c'est vrai qu'on dispose de pas mal de temps après la plantation.
floyd a écrit le 27/01/2019 17:58 (ref msg # 64452 )
Pour ce curieux mais très élégant rétrécissement, je suis presque convaincu qu'il s'agit bien d'un point de greffage.

La validation par l'ADN… les associations sont "pauvres" mais certains laboratoires à visée pharmaceutique, vante l'espèce, en soin homéopathique; on pourrait solliciter auprès d'eux une aide de quelques centaines d'euros!
bayart a écrit le 06/02/2019 15:47 (ref msg # 64494 )
J’interviens tardivement dans ce post mais il me semble important de faire mon retour d’expérience à Maju avant qu’il ne se lance dans un projet à échéance d’une ou plusieurs dizaines d’années, vu la taille des arbres visée. Quand on s’aperçoit de ses erreurs dix ans plus tard, une bonne partie de l’énergie d’une vie de greffeur a été sacrifiée et c’est dommage.

Je greffe en haute tige (vers 2m de haut) en prés-vergers très extensifs depuis une quinzaine d’années, surtout des pommiers et des poiriers, quelques cognassiers, essentiellement pour une question de cohabitation avec du bétail rustique qui arrache tout ce qui traine mais qui m’est indispensable pour l’entretien du terrain accidenté.

Avec du recul, greffer en grande hauteur est une assez belle bêtise réservée à ceux qui sont prêts à l’assumer sur le long terme. Sans parler de la greffe sur échelle qui n’est pas la plus confortable des méthodes, les moindres opérations suivant la greffe nécessitent des acrobaties sur hautes échelles, et même si on intervient peu sur des hautes tiges, il faut bien faire un peu de taille de formation ou d’éclaircissement pendant les 10 premières années de vie de l’arbre. Et les accidents de chûtes d’échelles n’arrivent pas qu’aux autres, même quand on est un pratiquant régulier et un acrobate averti. Pour l’instant j’ai toujours réussi à me rattraper aux arbres qui ont efficacement freiné mes chutes... en cassant bien évidemment. Je ne sais pas jusqu’à quel âge je continuerai à prendre autant de risques pour si peu.

Ensuite, la récolte est un sport particulier de longue haleine (je grimpe dans les arbres avec un sac à dos comme si j’étais toujours un gamin ou je ramasse avec des gaules à l’ancienne : boîte de conserve fixée au bout de tiges de noisetier de 4 mètres de long). Ramasser au sol, même pour du jus ou des compotes, est une illusion, car les pommes et poires, à de rares variétés près s’abiment toujours plus ou moins en tombant quand elles n’éclatent pas, même dans l’herbe (qui chez moi est épaisse vu que le sol n’est pas tassé par des gros engins). Il faut transformer dans les tous premiers jours qui suivent… sinon, une partie des pommes sera pourrie lors des transformations et pressages (une seule pomme pourrie donne un sale goût à des litres de jus). Pour que ça marche, il faudrait transformer très régulièrement, hebdomadairement… ou être en mono-variété pour que tout soit mûr en même temps et être superman pour tout ramasser en même temps.

Beaucoup de pommiers ont ensuite un porté étalé ou retombant qui annule la greffe en hauteur initiale. Pour des variétés rustique de poiriers, cela tient davantage la route de greffer des francs en hauteur. En fait, leur port érigé fait naturellement des hautes tiges, même s’ils sont greffés à 1m, et ils se forment « tout seuls » sans beaucoup d’interventions périlleuses. Le bémol, c’est que ces variétés rustiques (Perous, Curé…) sont surtout des variétés petites ou à cuire qui ne sont plus beaucoup au goût du jour… mais bon, excellentes pour ceux que la corvée de compote / confiture / conserve ne rebute pas.

Je reviens également sur la partie noyer du post. Ce fruit me semble le seul vraiment adapté au projet de Maju puisque le fruit ne s’abime pas en tombant de 10 mètres et que le noyer non taillé et non greffé forme spontanément une haute tige dont il suffit d’élaguer très progressivement les branches basses sur les 3 ou 4 premiers mètres si on a le fantasme atavique de former des belles billes pour les générations futures en feignant d'ignorer le réchauffement climatique. La greffe en fente terminale du noyer est extrêmement délicate puisqu’il faut des conditions de température et d’hygrométrie précises pour que la greffe de noyer prenne ; dans mon contexte montagnard (1000 m) froid, humide et à hiver tardif, je n’ai jamais réuni ces conditions au printemps pour réussir. En revanche, suite à mes échecs de plantation de variétés sélectionnées (Franquette, Ronde de Montignac, Parisienne sont trop sensibles à la bactériose dans mon contexte alors que les noyers francs locaux y sont résistants sans nécessiter aucun traitement, seule la Marbot se comporte bien), je fais en quantité du semis de noix issues d’une dizaine de francs locaux du voisinage, sélectionnés selon mes critères de productivité / taille et goût des noix, et je fais le pari que sur le nombre, certains reproduiront les bonnes caractéristiques génétiques des noyers francs dont ils ont issus. Réponse plus tard, puisque mes semis les plus anciens, même s’ils font 6 mètres de haut n’ont jamais encore donné la moindre noix : du très long terme donc, qu’on fait pour les autres si on a plus de 40 ans. Je sème en Mai mes noix en pépinière après stratification hivernale, sous paillis pour m’éviter les arrosages réguliers, et je transplante l’année N+1 (avec une bêche longue, c’est encore bon pour récupérer le pivot sans l’abimer) par groupes de trois noyers sélectionnés parmi les plus beau du semis, dont j’élimine encore les 2 moins belles reprises l’année N+2 (j’évite ainsi la courbe disgracieuse à la base du tronc que provoque le recépage).
François du Perche a écrit le 06/02/2019 16:12 (ref msg # 64496 )
merci de ce témoignage intéressant, effectivement, rêver d'une belle bille de noyer à terme est devenu peut-être anachronique.
Si le terrain convient (acide), les châtaigniers sont également une piste intéressante. En prenant des marcottes, on fait des arbres francs de pied qui à terme, donneront des billes de bois (marigoule, etc) mais si on veut vraiment des bonnes variétés traditionnelles, il faut choisir des arbres greffés.
Et les châtaignes en tombant ne s'abîment pas. C'est moins cher au kg que les noix, mais ça produit + de kgs.


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