Vergers de très haute-tige

greffer.net >> Autres techniques et expérimentations

Maju74 a écrit le 16/12/2018 10:22 (ref msg # 64220 )
Bonjour,
Etant intéressé par les pré-vergers traditionnels, je constate que ceux-ci peuvent gêner les engins agricoles modernes, ce qui peut être un frein à la mise en place de ces vergers. Je suis novice en greffage et je me demande s'il serait possible de greffer des pommiers (ou autres arbres fruitiers) de manière à ce que la base des charpentières dépasse les 3m ou 3,50m de hauteur.
Merci,
Maju74.
RemiP a écrit le 17/12/2018 12:17 (ref msg # 64222 )
Bonjour

Je ne vois pas de problème technique empêchant de démarrer les charpentières à cette hauteur.

J'ai en tête des exemples sur cerisiers, poiriers, noyer, pommiers, châtaigniers.

Le problème majeur sera la cueillette des fruits en hauteur.
On peut les ramasser au sol mais il faut choisir les bonnes espèces et variétés (et accepté d'avoir des fruits un peu abimés parfois).

Tu veux passer en tracteur très près du tronc ? Il faudra faire attention au tassement qui risque de provoquer une asphyxie des racines.
François du Perche a écrit le 17/12/2018 13:12 (ref msg # 64223 )
On connait des exemples de poiriers de plein vent, de noyers ou cerisiers assez hauts mais pour les pommiers, il faudrait voir s'il y a des références, car outre le fait que les fruits seront très difficiles à récolter, il faut aussi penser à la tenue au vent : que les branches ou le tronc ne cassent pas à la moindre tempête comme c'est la cas avec les mirabelliers où parfois les branches cassent sous le simple poids des fruits.
Et une poire qui tombe de 3 ou 4 m de haut va s'exploser en touchant le sol, la pomme est peut-être + solide mais elle s'abîmera aussi. Cela m'est arrivé avec un pommier colonnaire qui montait à 5m, toutes les pommes du haut sans exception, inaccessibles mais pourtant bien fermes, se cassaient en deux en tombant, j'ai dû rabattre l'arbre d'un bon mètre, à la hauteur de mon grand escabeau.
Maju74 a écrit le 17/12/2018 20:49 (ref msg # 64225 )
Bonjour,
Merci pour vos réponses rapides,
Je n'envisage pas de cueillette sur l'arbre mais plutôt un ramassage au sol (jus, compotes). Il me semble qu'une pomme s'abîme si elle tombe sur un milieu dur et ferme (terre tassée par des animaux, par exemple) mais qu'une hauteur suffisante d'herbe sur le sol amortit considérablement la chute. Evidemment, la taille de l'arbre est à considérer.
Je n'avais pas songé à l'asphyxie des racines, mais cela est à réfléchir.
Effectivement, le but est d'avoir des arbres fruitiers compatibles avec des engins agricoles imposants, il faudrait pouvoir passer au plus près des arbres.
RemiP, vous avez des exemples d'arbres dont les charpentières commençent si haut (3m-3,50m) ?
Et est-ce qu'un porte-greffe franc (pour un pommier par exemple) serait capable de recevoir un arbre d'une telle taille ?
Merci beaucoup,
Maju74.
RemiP a écrit le 21/12/2018 18:18 (ref msg # 64252 )
Oui un pommier et un poirier.
J'ai vérifié sur chacun la première des charpentières démarre à 3m50 puis redescend à 2m20 à 2m50.

Je ramasse les pommes pour faire du jus. Le poirier est chez le voisin, je crois qu'il ne les ramasse pas, elles sont petites, à cuire.

Dans les deux cas il s'agit d'arbre remarquable, je ne suis pas sûr de pouvoir faire le tour du tronc du pommier avec mes bras.
Maju74 a écrit le 24/12/2018 18:09 (ref msg # 64266 )
Bonjour,
merci, donc il est possible de faire monter un porte-greffe à une telle hauteur pour greffer un arbre fruitier ?
François du Perche a écrit le 25/12/2018 11:04 (ref msg # 64267 )
Ce sujet avait déjà été abordé et personne n'avait pu trouver d'ouvrage spécialisé qui aurait détaillé des expériences et fait gagner du temps en évitant les erreurs. Un vieil arbre remarquable isolé ne prouve pas que c'est reproductible dans un verger à grande échelle.
https://www.greffer.net/discussion/viewt...
Pour les noyers, dans la région de Grenoble, ils ont fait des vergers de hautes tiges, pour avoir à la fois des noix et, à terme, des billes de bois, mais pour cela, il faut greffer en tête, ce qui est + compliqué que des greffer au collet. (voir "La greffe du Noyer" message du 27/2/2015), mais il existe de la documentation sur ces noyers hautes tiges du Dauphiné, malheureusement je n'arrive pas à la retrouver.
François du Perche a écrit le 25/12/2018 11:49 (ref msg # 64268 )
un peu de documentation sur l'agroforesterie qui recoupe ce sujet :
https://www.google.com/url?sa=t&rct=...
François du Perche a écrit le 25/12/2018 12:16 (ref msg # 64269 )
et au Québec : https://www.google.com/url?sa=t&rct=...
Maju74 a écrit le 26/12/2018 10:00 (ref msg # 64272 )
Bonjour,
merci pour toutes ces infos,
j'ai trouvé pas loin de chez moi des noyers greffés assez hauts (3,50m environ) mais les branches de ceux-ci retombent toujours assez bas, vers les 1,80-2m. En l'absence de taille, les branches semblent chercher à descendre près du sol.
Est-ce irrémédiable ? Un arbre greffé très haut se comportera toujours de cette manière ?
L'objectif étant de pouvoir passer près du tronc en tracteur, cela peut poser problème.
Ou alors peut-on créer une autre forme d'arbre qui chercherait moins à descendre ?
Merci d'avance,
Maju74.
RemiP a écrit le 26/12/2018 11:21 (ref msg # 64273 )
Tu voudrais passer en tracteur des deux côtés du tronc ?
François du Perche a écrit le 26/12/2018 11:22 (ref msg # 64274 )
je n'ai d'expérience que sur quelques noyers (franquette), j'en ai taillé un en éliminant complètement les branches basses car il me bouchait la vue, les noix sont devenues plus grosses contrairement à ce que je pensais. Pour les autres, on peut très facilement tailler les branches basses qui gênent, il n'y a pas besoin de monter dans l'arbre. Les pratiques habituelles consistent à laisser rentrer la lumière dans le houppier, s'il est très haut, la taille sera périlleuse. Peut-être n'en font-ils pas sur les très hautes tiges ?
Maju74 a écrit le 27/12/2018 11:32 (ref msg # 64276 )
Bonjour,
merci,
en fait, l'idée est d'avoir des plantations d'arbres fruitiers comparables aux plantations d'agroforesterie, c'est-à-dire avec des machines qui circulent entre les lignes. C'est de l'agroforesterie, mais avec des arbres fruitiers haute-tige. Je me dis qu'avec un point de greffe très haut, les machines peuvent peut-être circuler près des arbres (des deux côtés).
Effectivement, la taille dans les vergers haute-tige reste limitée, et consiste à éliminer les branches mortes, celles qui gênent, le gui... Lors de la taille de formation de l'arbre, est-ce qu'on peut supprimer les futures branches basses afin de lui donner une forme plus relevée ?
floyd a écrit le 05/01/2019 15:24 (ref msg # 64340 )
Le pommier Franc ‘Bittenfelder’ devrait pouvoir servir de PG et être "monté" à 3.00m et plus.
Je suggérerai de le mettre en place, d'attendre une bonne reprise puis de procéder à un greffage multiple de bourgeons, écussonnage ou chip-budding, sur l'extrémité de la flèche, sans la raccourcir comme on pratique pour les greffes en fente.
Si l'on prend soin d'orienter les premières charpentières dans le sens du rang, et réciproquement de supprimer les pousses qui voudraient coloniser l'inter-rang, on doit pouvoir maintenir facilement le "tirant d'air" recherché pour le passage des machines.
Ceci dit il me semble que la cabine d'un tracteur est plutôt centrée par rapport à l'outil attelé; donc le risque de frottement de la carrosserie sur le houppier est limité.
clow a écrit le 05/01/2019 22:28 (ref msg # 64345 )
Si tu sélectionne des variétés dont le port serait plutôt érigé plutôt qu étalé ou retombant ( dont sous le poids des fruits ) tu devrais déjà pouvoir limité les tailles voir même planter plus dense une peu à la manière des peupliers.

Et de toute manière comme tu t'en fou du possible choc des pommes par terre il n'y aura pas de problème.

Mais fait attention l'herbe ne limite pas tant que cela à cette hauteur le choc que recevra la pomme ( surtout si elle est habité ) sans oublier qu'avec le tracteur qui risque de tasser le sol et non le rendre meuble tu n'arrangera rien de ce coté là.
Maju74 a écrit le 09/01/2019 07:29 (ref msg # 64365 )
Bonjour et merci pour vos réponses,
cela a donc l'air possible dans le cas de pommiers, mais je m'interroge maintenant pour des noyers.
Est-ce que les noyers sont des arbres qui se greffent facilement, et est-ce qu'ils pourraient être conduits comme je le veux, c'est-à-dire avec un point de départ des charpentières assez haut (3-4m) ? J'ai déjà pu observer des noyers qui commencent haut, mais dont les branches retombent assez bas et près du sol.
J'entends souvent parler de semis de noyers, mais rarement de greffes.
floyd a écrit le 09/01/2019 11:10 (ref msg # 64367 )
A mesure de leur développement, les branches des couronnes inférieures ont tendance à se courber sous leur propre poids.
Ce phénomène naturel d'arcure est passablement réduit pour les espèces à port érigé. Pour exemple, une reinette est plus raide qu'une Granny Smith.

Les houppiers des noyers prennent progressivement un développement en hauteur et en largeur, mais effectivement ce sont les branches qui "juponnent" qui gênent le passage. Tant que l'arbre est assez vigoureux pour produire une belle cicatrisation, des coupes soigneuses seront pratiquées… en tant que de besoin.
Deux cas:
- raccourcir à minima la portion de branche jusqu'à un rameau vigoureux, implanté sur la face supérieure, en position proche de la verticale, s'il existe.
- procéder à une suppression totale, en respectant ride d'écorce et col de branche.

Dans les deux cas on perdra une part notable de la récolte, et l'arbre se trouvera privé d'un feuillage ce qui peut freiner sa croissance.
François du Perche a écrit le 10/01/2019 13:50 (ref msg # 64370 )
ça fait plaisir Floyd de voir à nouveau tes messages après un long silence.
Pour les noyers, des semis ne donneront presque jamais des noix acceptables il faut les greffer pour avoir des noix dignes de ce nom (et commercialisables).
Et pour avoir à terme un fût de bois acceptable il faut greffer à 3m ou 3m50, deux mètres ne suffisent pas. J'ai coupé ces dernières années plusieurs noyers âgés de 30 ans, greffés au collet, le bois était déjà gros, mais presque tout en aubier, bon combustible mais privé de la belle couleur du bois de noyer. Il faut donc impérativement greffer en tête si on veut à terme avoir une belle bille de ce bois précieux.
Compte tenu de la difficulté de cette greffe du noyer, les anciens qui ne disposaient pas de hauts escabeaux ni de parafilm avaient dû mettre au point des techniques spécifiques pour faire cette greffe en tête. ça ne devait pas être très courant car souvent, les noyers hauts donnaient de petites noix, donc c'étaient probablement des semis. Quelqu'un connaît-il cette technique spécifique de greffe du noyer en hauteur ?

Message modifié 1 fois ; la dernière fois le 10/01/2019 13:57 par François du Perche
floyd a écrit le 10/01/2019 19:46 (ref msg # 64371 )
Comme les pommiers à cidre, les noyers étaient gaulés, occupation assez fatigante, personne ne recherchait les arbres perchés sur un tronc élevé.

A propos d'agroforesterie, il en a été question lors de la journée du cormier, à Nocé dans le Perche. (On aurait pu se croiser François.)
Le cormier semble un bon concurrent pour cette technique.
François du Perche a écrit le 11/01/2019 10:11 (ref msg # 64374 )
J'habite à quelques km du manoir de Courboyer où se tenait ce colloque sur le cormier le 17 novembre mais j'ignorais cette manifestation. As-tu pu goûter à la confiture de cormes qui a gagné le concours ? Est-ce vraiment très savoureux ?
Pour revenir aux noyers haute-tige, cette technique de greffe en tête, en hauteur, devait exister, j'ai vu des documents montrant comment on protégeait du froid cette greffe, avec une bouteille remplie de sable pour faire isolation + inertie, mais il fallait tenir cette bouteille avec une grande et solide perche. C''était sans doute une pratique peu répandue, la plupart des grands noyers étant issus de semis et produisant de petites noix, sauf cas exceptionnel.
Ce serait certainement techniquement très difficile à réaliser aujourd'hui sur une noyeraie importante.


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