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 Sujet du message: Semis de graines de poirier
MessagePosté: 16 Mar 2007 22:27 
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A propos des semis de graines de poirier, un extrait intéressant du tome 1 de "Le jardin fruitier du Museum" de Joseph Decaisne.

En 1853, j'ai fait un semis de nombreux pépins de poires, choisies l'année précédente dans quatre variétés reconnues comme bien distinctes par tous les arboriculteurs, savoir : notre ancienne poire d'Angleterre, connue de tout le monde en France; la poire Bosc, dont la forme est celle d'une calebasse allongée et la peau uniformément de couleur cannelle; la poire Belle-Alliance, de forme ramassée et colorée de jaune et de rouge, et la poire Cirole, variété du groupe des saugers (Pyrus nicalis ou Pyrus salvifolia), ainsi nommé parce que les feuilles de l'arbre rappellent, par leur villosité blanchâtre, celle de la Sauge commune de nos jardins. Les pépins de ces poires ont levé dans l'année même du semis, à l'exception de ceux de la poire d'Angleterre, qui n'ont germé que l'année suivante, et cela dans deux semis différents (1853 et 1854) sans que je puisse en déterminer la cause. Un très petit nombre seulement de ces arbres a fructifié, et je regrette qu'une décision ministérielle, en date du 5 janvier 1867, m'ait forcé de transplanter la plupart des autres : les résultats qu'ils m'auraient fournis, s'ils fussent restés en place, auraient été bien plus variés et, par cela même, plus concluants que ceux que j'ai pu obtenir. On verra cependant du premier coup d'oeil, à l'inspection des figures coloriées des variétés issues de la poire d'Angleterre combien les fruits sont déjà modifiés dès leur première génération.
Ainsi dans la variété du Poirier sauger, cultivée aux environs de Paris sous le nom de cirole, les quatre arbres qui ont fructifié ont donné quatre formes différentes : l'une ovoïde, toute verte : une seconde, ramassée et presque maliforme (en forme de pomme), colorée de rouge et de vert; une troisième plus déprimée encore, de couleur verte tachée de brun; enfin, une quatrième, régulièrement piriforme, du double plus grosse que les précédentes et uniformément jaune. De la poire Belle-Alliance sont sorties neuf variétés nouvelles, dont aucune ne reproduit la variété mère, soit par la forme, soit par la grosseur, soit par le coloris, soit enfin par l'époque de la maturité: il s'en est trouvé deux particulièrement remarquables, l'une par son volume, plus que double de celui de la Belle-Alliance, l'autre par sa forme ramassée, qui rappelle les poires maliformes. La poire Bosc a produit de même plusieurs nouveaux fruits différents du tvpe, l'un d'eux se trouvant même si semblable à l'un des fruits obtenus du Poirier sauger, qu'on aurait peine à l'en distinguer.

Les variations se sont trouvées non moins saillantes dans les semis de la poire d'Angleterre ou neuf arbres fructifiant nous ont donné neuf formes nouvelles, toutes aussi différentes les unes des autres et de la forme mère que le sont entre elles la plupart de nos anciennes variétés : l'un des sujets m'a même fourni des fruits d'hiver semblables à la poire Saint-Germain, tandis qu'un autre m'a donné des fruits maliformes identiques à ceux qu'avaient produit les semis de la Belle-Alliance; n'oublions pas que chacune de nos variétés de poires constitue une individualité que la nature ne reproduit plus, et que nous ne pouvons conserver que par la greffe. Nos expériences contredisent donc les faits cités par M Darwin (1) qui admet que certaines variétés de poiriers se reproduisent identiques à elles-mêmes par semis.

Ce n'est pas seulement par les fruits que les arbres issus d'une même variété ont différé; c'est aussi par leur différence de précocité, par leur port et par la forme des feuilles. Ces différences sont frappantes pour qui observait ces arbres rapprochés dans les mêmes planches de jardin. Autant d'arbres, autant d'aspects différents : les uns sont épineux, les autres sont sans épines; ceux-ci ont le bois grêle, ceux-là l'ont gros et trapu; sur quelques sujets du Poirier d'Angleterre, la variation est allée jusqu'à produire des feuilles lobées, semblables à celles de l'Aubépine, variation que nous obtenons sur quelques individus vigoureux, du Pirus parviflora, et qui parait être l'un des caractères constants d'une espèce indienne, le Piras pashia ou hétérophylla.

La théorie de Van Mons et de quelques arboriculteurs est très souvent en défaut. D'après ce pomologiste, on pourrait préjuger la qualité des fruits d'un jeune arbre de semis à l'inspection de son bois. Ce bois ressemble-t-il à celui de bonnes variétés connues, les fruits qui en sortiront seront de bonne qualité, et réciproquement. Les poires de Chaumontel, Crassane, de Pentecôte, des Urbanistes, sont universellement reconnues pour des fruits de premier ordre; cependant leurs arbres diffèrent étrangement les uns des autres, ceux-ci ayant les scions longs et grêles, ceux-là les ayant gros et fermes, etc. Ce petit nombre d'arbres, que je prends au hasard, offre presque toutes les variations connues dans le port, l'aspect des feuilles et le bois des Poiriers; C'est au surplus ce que prouvent encore mieux les expériences citées plus haut, expériences qui nous ont fait voir dans un même semis des arbres inermes et épineux, droits et divariqués, glabres et velus, etc. Il n'y a donc rien de vrai dans l'assertion de Van Mons lorsqu'il dit que l'aspect du bois et des feuilles du Poirier Passe Colmar s'est reproduit dans le Poirier Frédéric de Wurtemberg; que le Saint-Germain a donné de sa forme à l'Urbaniste; que le Rance ressemble à s'y méprendre au Gracioli, ainsi que le Doyenné à la poire de Pentecôte. Le contraire serait plus exact; mais je reviendrai plus loin sur cette question purement imaginaire avancée par Van Mons.
Tout varie dans le Poirier, même la nature de la sève. On en a souvent la preuve, pour cette dernière, dans les succès très divers de la greffe, suivant les sujets adoptés. Toutes les variétés reprennent de greffe sur le Poirier, c'est-à-dire sur sauvageon ou franc; mais toutes ne reprennent pas également bien sur le Cognassier, par exemple les Poiriers de Rance, Clairgeau, Bosc, Duchesse de Mars, etc. Lorsqu'on veut multiplier ces variétés, et qu'à défaut de sauvageon, on est obligé d'employer le Cognassier, on greffe ce dernier avec le Poirier Sucré-vert, ou le Poirier d'Abbeville, etc., individualités très vigoureuses qui s'accommodent de cette sorte de sujet, et, lorsque ces greffes sont reprises, elles reçoivent à leur tour celles des variétés dont la sève ne sympathise pas avec celle du Cognassier. C'est là une opération connue et pratiquée de tous les pépiniéristes; mais sur laquelle je reviendrai en parlant de la greffe.

La grandeur relative des fleurs et l'aspect du feuillage nous offrent des variations non moins frappantes. Certaines variétés, le Catillac, le Saint-Gall, l'Epargne, la poire de Vallée ont, avec des pétales largement arrondis et ondulés des corolles de cinq ou six centimètres de large, et leurs arbres, dans leur végétation printanière, sont aussi blancs et aussi cotonneux que les Poiriers saugers. D'autres, tels que les Poiriers de Héric, Sylvange, Fortunée, etc., à pétales ovales ou lancéolés, ont des fleurs de moitié plus petites, leur diamètre ne dépassant pas trois centimètres de longueur, en rappelant ceux des Amelanchier. Enfin si la durée des pétales est éphémère dans l'immense majorité des Poiriers, nous les voyons persister, s'accroître et se teinter de rose après l'anthèse dans la poire Sanguinole, de même que nous voyons le calice se détacher en totalité et d'une seule pièce chez certaines variétés soit sauvages, soit cultivées. Ce serait donc en vain qu'on chercherait des caractères spécifiques dans la structure et les proportions de la fleur et des organes qui la constituent.



(1) Darwin, Gard. Chron. 1856 et De la variation, vol. 2, p. 33 édit. franc. M. Darwin, réduit à emprunter ses exemples à des auteurs qui n'ont jamais fait d'expériences, se trouve souvent en contradiction avec lui-même. Ainsi, il admet (l. c. p. 228) que "personne ne chercherait a obtenir une poire succulente et fondante d'un poirier sauvage".Tandis qu'il admet un peu plus loin que « c'est dans le bois qu'on a découvert le plus grand nombre des meilleures poires», p. 276.

Mes expériences démontrent au contraire que nous pouvons obtenir de bonnes variétés en semant des pépins de poires sauvages, et de très mauvais fruits en semant ceux de nos poires améliorées.


Dernière édition par André le 17 Mar 2007 08:52, édité 1 fois.

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MessagePosté: 17 Mar 2007 05:58 
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Merci de d'être donné la peine de nous recopier ce texte.


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MessagePosté: 11 Juin 2013 16:48 
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Moi, j'ai trouvé ceci, un texte qui semble plus "encourageant" pour ceux qui comme moi, voudraient s'essayer aux semis de poires:
NOTE: désolé pour la ponctuation, j'ai récupéré le texte d'un pdf et du coup, la ponctuation a été enlevée. Je l'ai re-saisie au pif.

Dictionnaire de Pomologie -
Par André Leroy, 1867, Paris - Tome 1er - les poires
Sur les semis:


"De nos jours la culture du poirier laisse bien peu à désirer. Connue par toute la France elle s y fait sur une
immense échelle et y donne lieu à de nombreuses opérations commerciales desquelles nous parlerons
plus loin au chapitre intitulé Usages du Fruit. Quant aux principes de cette culture disons qu ils ont pour
base la physiologie végétale si riche maintenant de faits et d observations puis essayons brièvement de les
définir. Brièvement car ce sujet a été traité par les maîtres dans des ouvrages spéciaux auxquels nous
renvoyons nos lecteurs et qu'aussi pour demeurer fidèle au titre de ce Dictionnaire nous devons nous
écarter le moins possible de la Pomologie.

Les Semis qui ont été l objet de tant de théories vont d abord nous occuper. Parmi ces théories l'une des
plus connues est celle de Van Mons le célèbre professeur belge. Elle consiste à semer des pépins
quelconques de poires puis à prendre pour les semer également les pépins des fruits produits par les
poiriers ainsi obtenus et à continuer de la sorte pendant plusieurs générations après lesquelles on doit finir
par gagner de très bons fruits Mais outre que cette méthode ne permet de recueillir le bénéfice de ses
travaux qu'au bout d un grand nombre d années le succès il faut le reconnaître n a pas souvent confirmé
les espérances conçues par Van Mons.

D'autres personnes ont attribué à la qualité du sol et à la température élevée une grande influence sur
l'obtention des nouvelles variétés de poirier. Suivant elles les pépins semés sous un climat chaud dans des
terres profondes et riches en humus produiraient bien plus fréquemment d excellentes variétés que les
pépins qui provenus des mêmes sources auraient été semés dans de mauvaises terres et sous un climat
froid.

La chose est possible mais nous dirons néanmoins qu'ici encore il n est pas à notre connaissance que
l'expérience ait démontré la certitude absolue de cette théorie.

En effet si nous cherchons quel a été le lieu de naissance de nos nouveaux poiriers nous trouvons qu ils
sont pour la plupart nés en Belgique pays très fertile à la vérité mais froid et humide et beaucoup plus
assurément que la France.

Enfin, il est des arboriculteurs qui ont préconisé avec assez de raison ce me semble l'hybridation artificielle
pensant que les pépins donneraient alors naissance à des espèces qui participeraient et des qualités du
père et des qualités de la mère. On a même cité quelques résultats heureux obtenus par ce procédé qui
nous paraît rationnel et de nature à ne pas dès l abord soulever d'objection radicale.

Mais ce principe admis il ne faudrait pas se flatter cependant de voir sortir de ces mariages autant
d'espèces qu'on le voudrait et dotées surtout de qualités déterminées à l'avance De telles obtentions ne sont
point aussi faciles à préparer aussi communes qu'on pourrait le supposer la nature a ses secrets que
l'homme pénètre difficilement et dont il est loin alors de disposer à sa volonté. S'il en était autrement serions
nous toujours à la recherche pour les mois de mars et d avril de poires ayant les excellentes qualités de
nos variétés d automne A quels essais ne s est on pas livré pour se procurer de pareils gains. Tous les
semeurs l'ont tenté combien en est il qui aient vu leurs efforts récompensés.

Il faut donc bien l'avouer les espèces ou variétés nouvelles naissent avec les qualités qu'il plaît à la nature
de leur donner et si la puissance humaine peut à cet égard jouer parfois quelque rôle il doit être fort
secondaire. Les travaux des savants non seulement nous l'ont appris mais encore notre expérience car
nous aussi nous avons fait depuis plus de cinquante ans et cela par millions des semis de poirier à l'aide
de pépins provenant de poires sauvages on de poires à cidre dans le but d obtenir des plants de poirier
franc pour greffer en pépinière. Or l'on a généralement choisi chaque année les plus beaux sujets pour les
enter sur cognassier afin d en hâter la fructification Cinq ou six ans après quelques unes des poires si
impatiemment attendues commençaient à se montrer mais beaucoup d arbres ne fructifiaient pas avant dix
ou douze ans et je n ai jamais recueilli que de très mauvais fruits complètement indignes de la culture.
Néanmoins d autres semis ayant été faits avec des pépins provenant de poires choisies parmi nos
meilleures espèces j'employai le même procédé pour hâter la fructification et fus plus heureux avec cette
dernière catégorie. J'en ai obtenu, j'en obtiens annuellement des fruits très remarquables par leur beauté et
leur excellence.

Tous les sujets ainsi gagnés ne furent cependant pas dignes de la culture le nombre des médiocres et des
mauvais dépassa excessivement au contraire celui des bons Ces semis ont été faits du reste avec un soin
extrême. Les pépins de chaque espèce minutieusement étiquetés puis semés à part m ont permis de
reconnaître l'origine de tous les égrasseaux dont plusieurs ont donné des fruits de premier ordre et tenant
visiblement du type par quelques côtés bien que s en éloignant toutefois sous certains rapports. Je pourrais
citer beaucoup d autres exemples à l appui de mes dires si cela ne me semblait superflu. Résumant donc
mon opinion sur les semis effectués dans le but d obtenir de nouveaux poiriers j observerai:

1- Qu'il m en a fallu faire un très grand nombre pour acquérir seulement quelques bonnes variétés
2- Que les uns réunissant toutes les qualités désirables me paraissent des exceptions qu'on doit s'estimer
très heureux de rencontrer
3- Que ceux au contraire dont le mérite est nul sont dans une proportion infiniment plus considérable
4- Enfin l expérience m a prouvé que les chances de faire naître de bonnes poires sont toujours bien plus
certaines en semant des pépins de variétés de première qualité qu'en utilisant ceux des variétés de
deuxième ordre ou ceux des poires sauvages. Et la croyance que je manifeste ici s accorde parfaitement
avec les principes posés par M Decaisne membre de l'Institut dans le remarquable Mémoire qu'il lut à
l'Académie des Sciences le 6 juillet 1863 sur la variabilité dans l espèce du poirier.

De nouvelles variétés étant obtenues il est facile ensuite de les multiplier par la greffe."

Le lien du livre numérique gratuit: https://play.google.com/store/books/details?id=DoHNAAAAMAAJ&rdid=book-DoHNAAAAMAAJ&rdot=1


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MessagePosté: 11 Juin 2013 18:41 
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Inscription: 06 Jan 2008 10:53
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Localisation: Solliès-Toucas (Var)
J'ai vu une émission sur la vigne dans laquelle il était dit que l'on était capable de déterminer les caractéristiques d'un plan de vigne obtenu par semis (taille du raisin, couleur, parfum, résistance aux maladies etc.) par étude génétiques. C'est un moyen de gagner énormément de temps. On peut déterminer quel plan est intéressant sur des vignes toutes petites alors qu'elles n'ont pas encore fructifié. Il n'y a pas de raison qu'on ne puisse pas faire de même pour d'autres espèces notamment les poiriers.
Mais évidemment de n'est pas à la portée de l'amateur.
Il me parait évident qu'on ait plus de probabilités d'obtenir de bonnes poires à partir de pépins de poires de très bonne qualité plutôt qu'à partir de poires de qualité médiocre. C'est les lois de Mendel.


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