Greffons de cormier

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ké20 a écrit le 25/08/2016 14:57
ils se sèment naturellement dans mon bois comme les alisiers torminaux ... et quand je dégage les fougères surprises , j'en découvre
Arnould a écrit le 26/08/2016 17:17
Merci Bruno et Ké20 pour ces précisions. En fait ce qui m'intéresse c'est de pouvoir semer des cormiers dans des endroits adaptés, haies par exemple, en étant raisonnablement certain que des plantules vont germer. Pour ce qui concerne les essais que j'ai fait cette année, je dois d'ailleurs dire merci à Bruno pour ses photos postées ici, car elle m'ont bien aidé à reconnaître les premiers petits cormiers en mai dernier, ainsi que des plantules dont certains disaient que c'étaient des drageons dans l'arboretum de Harcourt, en Normandie, où il y a une placette avec de petits cormiers venus naturellement à partir de 2013, à l'ombre de 50 cormiers plantés en 1986 (voir ci-dessous).
Arnould a écrit le 26/08/2016 17:59
Il y aurait dans les pépins (graines) de cormiers mais aussi de poiriers, pommiers, néfliers.. un inhibiteur de germination dont le mécanisme ne serait pas très bien connu. A ce sujet qui a vu des petits pommiers dans un champs de pommiers? Et pourtant il y a de nombreux pruniers/merisiers dans les vergers de pruniers/cerisiers. Ca ne concernerait donc qu'une partie des rosacées.

Pour ces rosacées à pépins, la méthode de dissémination naturelle est "l'endozoochorie" après ingestion des fruits à l'automne puis dépose des excréments plus loin. Ce passage dans un tube digestif annulerait l'effet de cet inhibiteur de germination. J'ai deux preuves que ça fonctionne ainsi. Une première dans l'arboretum de Harcourt dans l'Eure en Normandie. En 1986, 50 cormiers y ont été plantés pour étudier l'intérêt du cormier pour le bois d'oeuvre. Pour cette utilisation ça ne va pas bien, ces cormiers mis ensemble poussent tous à leur rythme et beaucoup sont tordus et ont des troncs courts. Par contre ils produisent des fruits. Mais il n'y a aucun petit cormier sur ce placeau... sauf à un endroit bien particulier.

A un endroit bien précis j'avais repéré en été 2013 un terrier, et environ 5 mètres plus loin, sous un cormier planté en 1986, il y a de nombreux petits cormiers. Je pense que c'était un blaireau, car j'ai entre temps découvert sur internet que les blaireaux déposent leurs excréments toujours au même endroit. En 2014, 2015 et 2016, de petits cormiers ont continué de germer à cet endroit vers fin avril/début mai.

Puis j'ai découvert un autre endroit en Haute Normandie, la Vallée des Cailles dans la forêt de Dreux, un endroit très sec avec des pelouses calcicoles. Plusieurs cormiers anciens y vivent et 3 jeunes cormiers ont germé sous un buisson cette année. Même principe je pense, sauf que ce n'était pas forcément un blaireau.

Enfin sur le site de AC2F (association cormier et fruitiers forestiers) il y a un tel exemple avec des sangliers.

Je ferais bien l'essai moi-même au jardin, mais je suis certain de me faire repérer par ma copine, alors tant pis...
Ferréol a écrit le 26/08/2016 18:20
plusieurs pistes alors sont à explorer.
- l'action mécanique de la digestion, qu'on peut mimer en incisant les téguments de la graine
- l'action chimique de l'acidité de l'estomac, qu'on peut mimer en plongeant les graines dans de l'acide me viennet en premier lieu.

Tu peux peut-être trouver quelqu'un qui a des chèvres, des cochons ou autres animaux domestiques susceptibles de manger des cormes à proximité et à qui tu peux amener une ration et récupérer le fumier pour ton jardin?
Arnould a écrit le 26/08/2016 18:31
Ensuite il y a une autre méthode qui fonctionne: mettre un tas de fruits au sol dans un coin pendant l'hiver. La fermentation naturelle permettra à quelques pépins de germer.

J'ai fait l'expérience moi-même. J'ai récupéré quelques centaines de pépins en automne dernier, j'ai mis les déchets de cormes sur le terreau mais dans un coin que j'avais repéré. Bien entendu il restait quelques pépins non extraits, et j'ai eu 8 petits cormiers qui ont germé de cette façon.

Le maire de Marmoutier (la capitale du cormier en France, sise en Alsace, 37 vieux cormiers majestueux sur la commune, plusieurs aux alentours) m'a dit qu'ils ont eu des cormiers qui ont germé dans un seau rempli de cormes oubliées durant l'hiver. Mais qu'il ne connaissait personne sur la commune qui sait faire germer des cormiers à volonté...

Enfin le voisin d'un producteur de cidre m'a dit que des dizaines de pommiers poussent le long d'un chemin où son voisin jette les restes après pressurage des pommes.
Arnould a écrit le 26/08/2016 19:29
Enfin il y a LA METHODE, celle que j'évoquais plus haut, avec à nouveau les références exactes:

1) "Der Speierling" de Wedig Kausch-Blecken von Schmelling, qu'on peut obtenir en fichier pdf sur le site www.foerderkreis-speierling.de/ à partir de la page 102. Il indique qu'après 2000 ans de recherche, la technique est bien maîtrisée en Allemagne depuis 15 ans, et comme le bouquin a été publié en 2000, ça nous remonte à 1985 (mais je crois qu'elle est évoquée comme étant connue au Moyen Age dans un ouvrage de la BNF disponible sur Gallica, sauf que je n'arrive pas à retrouver ça, la honte).

2) "Long-term storage of service tree (Sorbus domestica L.) seeds and induction of their germination" de H. Prknová de l'unversite de Prague et publié en octobre 2015, il y a donc moins d'un an, et disponible ici: www.agriculturejournals.cz/publicFiles/166854.pdf

Et en plus elle a travaillé avec des pépins vieux de 8 ans, ce qui donne un résultat encore plus intéressant!

3) Ainsi que sur le site de associationcormier avec un tas de photos intéressantes, sous "reproduction sexuée" mais où l'ami Fabrice ne mentionne en rien l'ingrédient principal(!)

Bien entendu pour que ça marche, il faut des pépins de bonne qualité, avec au moins deux conditions.

Qu'il y ait au moins 2 cormiers, et si possible davantage, dans un rayon qui permette aux abeilles de les polliniser: j'ai entendu dire que les abeilles pouvaient s'éloigner d'environ 4 km de leur ruche, ce qui donne une indication.

Puis on peut vérifier que les pépins sont plus lourds que l'eau, cad que plongés dans l'eau ils restent au fond. C'est un truc que j'ai découvert dans une émission d'Arte il y a quelques années. Les cultivateurs de châtaignes en Ardèche plongent leurs récoltes pendant 9 jours dans l'eau, remuent tous les jours, et éliminent tout ce qui remonte et surnage. Je ne le fais pas 9 jours de suite avec mes pépins de cormes, mais une fois vite fait ne gêne pas. Et il y a toujours quelques pépins qui surnagent...
Arnould a écrit le 26/08/2016 21:19
Alors donc la méthode qui fonctionne pour faire germer des graines de cormiers repose sur l'utilisation de sable. Du sable tout simple qu'on peut trouver dans la nature ou en magasin de bricolage.

J'avais un tas de vieux sable jaune qui était destiné à faire du béton au fond du jardin. Je l'ai stérilisé, puis mis des pépins de cormiers mélangé à ce sable dans des barquettes en bas du réfrigérateur, à 2°C pendant tout l'hiver, décembre, janvier, février, mars, en veillant à ce que le sable soit toujours resté humide mais sans plus. Puis j'ai sorti les barquettes courant avril et les pépins ont commencé à germer dans un délai de 3 jours à 3 semaines. Il faut extraire les plantules germées assez vite avec une petite cuiller si possible sans toucher les plantules et les replanter dans des petits pots d'un terreau léger, peut-être moitié terre, moitié sable, ou bien pourquoi pas directement à l'endroit final. Puis il faut arroser, pas trop, mais régulièrement, pour que les plantules se développent bien. Je n'ai pas beaucoup arrosé, suivant en ça les conseils trouvés par-ci par-là pour éviter le chancre. Mais mes plantules sont plutôt moins belles que celles de ma mère qui a davantage arrosé (oui, en fait j'ai sous-traité une bonne partie du travail...).

Maintenant, ce qui est intéressant, c'est que ça fonctionne très bien pour semer des cormiers directement à l'endroit final. Dans le jardin j'ai deux vieilles souches dont j'ai rempli les trous avec ce sable mélangé aux graines en novembre. Ca a germé et je vais maintenant surveiller si les plantules vont pouvoir se débrouiller pour continuer à grandir dans ces souches. Je l'ai fait aussi dans un trou rempli de sable, idem, ça a bien marché. Et j'avais laissé le reste de sable de secouage (voir para. suivant) dans un sac un plastique dans un coin. A nouveau il y a eu des plantules de cormiers, et ils y sont toujours, de avril à maintenant ils n'ont pas eu besoin de terre pour prospérer.

Pour mettre toutes les chances de mon côté j'avais fait le traitement suivant à mes graines, suite au conseil d'un vieux Suisse qui est "tombé" sur le cormier à la fin des années 1990. Il m'avait dit: mettre dans un vieux pot de confiture 1/3 de sable, 1/3 d'eau, des pépins de cormes, fermer, secouer 10 minutes, semer. Il pensait que c'est l'abrasion du tégument de la graine qui lui permet de germer. Le papier de Prknova indique qu'en fait le sable aurait la propriété d'annuler l'inhibiteur de germination, mais elle ne sait pas pourquoi ni comment.

Surtout ne pas utiliser du bon terreau pour la stratification froide, il n'y a aucune germination dans le terreau, tous les pépins y pourrissent sans germer. Sable = 95% de succès avec des pépins de 8 ans conservés simplement au frigo, terreau = 0%.

Et pour finir elle indique qu'il est possible de faire germer des pépins pelés, cad desquels on a retiré le tégument brun, et cela n'importe quand durant l'année apràs baignade de 2 jours pour les ramollir. Elle a ainsi obtenu 76% de germination sans stratification froide. Mais elle n'indique pas exactement comment elle a fait. Je suppose qu'il faut des doigts de fée, un scalpel, une micro-pince et une loupe binoculaire, toutes choses disponibles en université... Si quelqu'un veut essayer, je suis curieux du résultat!

Dans le post suivant, quelques photos de mes plantules de cormier. D'abord 3 photos de plantules de cormiers directement semés à l'endroit final, puis ceux qui sont venus dans le sachet plastique où j'avais même oublié qu'il y avait des pépins!
Arnould a écrit le 26/08/2016 21:56




Arnould a écrit le 26/08/2016 22:03




Ferréol a écrit le 26/08/2016 22:28
Les deux articles donnent la même recette, mettre les pépins dans du sable humide à 4°C pendant trois mois.
Eplucher des pépins demande un peu d'entrainement mais on finit par y arriver (je l'ai fait sur pommier, au début on en rate beaucoup et puis avec la pratique, ça se fait bien).
Ferréol a écrit le 26/08/2016 22:31
Juste une remarque aux amateurs de cormiers, par ici ou il est assez courant, c'est un arbre qui prend très bien le gui...
floyd a écrit le 27/08/2016 21:51
Merci à vous deux pour ces précieuses explications.
Arnould a écrit le 29/08/2016 11:30
Merci Ferréol pour ce résumé! C'est vrai, je suis bavard, surtout quand un sujet m'intéresse.

Mais je rappelle ici que ça fonctionne aussi si les pépins sont semés _dans du sable_ directement en pleine nature. Ce que je vais faire dans les années qui suivent. J'imagine utiliser des bouteilles en plastique plantées à l'envers avec le fond découpé et quelques cm de sable+pépins versés dedans afin de protéger les plantules durant les 2 premières années. J'ai 53 ans, si tout va bien j'espère voir quelques arbres avec des circonférences allant jusqu'à 1 mètre... (je râle à chaque fois que je vois des déchets en plastique dans la nature, mais là c'est pour une bonne cause!). Peut-être des lecteurs ici le feront-ils aussi?

Enfin, pour revenir au thème du forum, j'espère que le cormier de semis est un excellent porte-greffe pour les autres rosacées à pépins (nèfles, coings, pommes, poires..). Mais pour moi c'est nouveau. A ce sujet voir ci-dessous une vidéo de greffes "à l'anglaise compliquée" de cormier sur cormier dans un centre de recherches sur les fruits en Allemagne, près de Würzburg (ce que fait aussi Fabrice de AC2F en Lorraine).

http://www.br.de/mediathek/video/sendung...

à partir de 26mn 30sec.
Arnould a écrit le 29/08/2016 12:31
Complètement hors sujet, mais suite à la vidéo j'ai failli vous laisser sur votre soif! En fait j'ai trouvé un producteur d'eau de vie de corme en France, http://www.lesvergersdefanny.fr dont je précise que je les connais pas. Moi-même je n'ai encore jamais goûté ce produit qui, selon la vidéo, rappelle à la fois la pomme et la poire avec une touche de noix...
floyd a écrit le 08/10/2016 17:44
Petite nouvelle du front… cormique.
Un voyage en Tchéquie de mon amie Evelyne, une des auteurs du traité du cormier, lui a permis de découvrir l'abondance et la monumentalité des cormiers tchèques. (plus de 4,00m de circonférence à 1,30m du sol)
Son hôte, qui anime de très belles actions en faveur des cormiers, lui a montré des cormiers d'origine italienne et leurs fruits d'un calibre remarquable.
Il pratique avec succès le greffage, tant en greffe en fente qu'en chip-buding. D'ailleurs des sujets anciens montrent des bourrelets de greffage très nets. (ce que nous n'avions pas trouvé en Sarthe).
Plusieurs pays européens partagent cette attention pour le cormier, colloque en vue!
ké20 a écrit le 09/10/2016 08:14
je pense en garder dans mon bois , mais certains (tordu , abimé etc) comme je l'avais dit dans d'autres posts , serviront de PG pour poiriers.

Effectivement , des cultivars à gros fruits seraient intéressant à partager car les fruits des cormiers que l'on trouve par chez moi en dordogne et lot et garonne ne sont pas très gros. a peu près le calibre d'une belle noisette.
nouvel azertien a écrit le 01/11/2016 17:45
On multiplie quelquefois le cormier en le greffant sur le poirier ou sur l'aubépine, mais les arbres venus de graines sont toujours plus beaux, il faut semer celles-ci aussitôt la parfaite maturité des fruits ou les stratifier dans le sable jusqu'au moment où l'on fait les semis à la fin de l'hiver. Le cormier croit lentement venu de pépin et élevé avec soin en pépinière il ne sera pas propre à planter à demeure avant l'âge de 9 à 10 ans Il n'est pas difficile sur la nature du terrain.

https://books.google.fr/books?id=pntBAAA...
Bruno a écrit le 02/11/2016 17:05
J'ai obtenu quelques cormiers en semant des graines en pleine terre (et non dans du sable) avant l'hiver. La germination a eu lieu au printemps.
J'avais lu sur un site forestier, dont je ne ma souvient plus de la référence, qu'il y avait un moyen de multiplier le cormier en coupant avec un bêche des racines à la base du tronc et de les bouturer. C'était une méthode qu'ils employaient.
Arnould a écrit le 06/02/2018 15:39
Bonjour,

Le fait que je m'intéresse aux cormiers fait que j'ai trouvé un arbre, dans la région parisienne, qui fait des cormes énormes, je les ai nommées Géantes de Saint-Germain. Je ne veux pas être plus précis sur le lieu pour préserver l'arbre. En général les cormes font entre 10 et 20 grammes unitaire. Ici j'ai pesé 50 cormes prises au hasard qui font 1345 g et 50 cormes parmi les plus grosses qui pèsent 1735 grammes. Certaines font plus de 50 grammes unitaire (entre 50 et 52 grammes).

Il serait bon de propager cette sorte de cormes pour l'avenir. Je viens de récupérer des greffons et je pourrais en envoyer à des gens intéressés ici qui ont l'expérience du greffage. Pour me contacter, téléphoner au 06/Oise/Var/Savoie/Ille-et-Vilaine (remplacer les départements par leurs numéros). Mais il faut faire vite, j'ai déjà 2 candidats, et peut-être un troisième qui a déjà réussi à greffer ce cormier l'année dernière mais qui serait intéressé par d'autres greffons.

Arnould




visakoivu a écrit le 06/02/2018 19:44
Tres interessant ce "Géante de Saint-Germain".


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