La greffe du noyer est exigeante en tempĂ©rature et humiditĂ©. C’est pour cela que les professionnels greffent le noyer dans une atmosphère maĂ®trisĂ©e. Je vais donc vous expliquer comment procĂ©der de façon Ă©quivalente, Ă titre amateur.
Cette méthode se pratique de janvier à mars.
Matériel requis :
- Un congélateur ou un réfrigérateur hors-service
- un câble chauffant ou un tapis chauffant, muni impĂ©rativement d’un thermostat et d’une sonde. Ce matĂ©riel peut se trouver en jardinerie spĂ©cialisĂ©e ou au rayon « reptile » des animaleries.
- un thermomètre et un hygromètre

- de l’eau de javel
- de l’anti-fongique
- de la sciure de bois : le volume nécessaire en vue de remplir complètement votre congélateur. Cette sciure doit être récente (moins de six mois), une sciure de peuplier ou de résineux est préférable. Ne pas utiliser de la sciure de chêne à cause des tanins.
- le matĂ©riel habituel de greffage (coupe, ligature…).
Porte-greffes
Des plants de noyer d’un Ă deux ans de semis, diamètre 5 mm Ă 3 cm.
Ils seront arrachĂ©s en dĂ©but d’hiver, et mis en jauge en serre froide ou cave hors gel, afin de ne pas avoir de difficultĂ© Ă les rĂ©cupĂ©rer au moment du greffage.
Greffons
Ils seront soigneusement sĂ©lectionnĂ©s selon les impĂ©ratifs rappelĂ©s dans le chapitre « Choix des greffons de noyer » de la fiche gĂ©nĂ©rale greffage du noyer. La rĂ©colte se fera entre dĂ©cembre et fin fĂ©vrier. Les greffons seront nettoyĂ©s et dĂ©sinfectĂ©s, avant d’ĂŞtre mis dans un sac hermĂ©tique au rĂ©frigĂ©rateur, avec papier absorbant assurant une humiditĂ© faible (faute de quoi un excès d’humiditĂ© favoriserait le dĂ©veloppement de moisissures nĂ©fastes aux bourgeons) , additionnĂ© d’une goutte d’eau de javel diluĂ©e Ă 1%.
Préparation de la chambre chaude
- Nettoyer et dĂ©sinfecter Ă l’eau de javel votre congĂ©lateur
- DĂ©poser au fond du congĂ©lateur une couche de sciure de 5 cm d’Ă©paisseur
- Mettre en place le câble ou tapis chauffant
- Remplir le congélateur avec toute la sciure
- Installer la sonde, le thermomètre et l’hygromètre
- Fermer le congĂ©lateur et lancer la chauffe, thermostat rĂ©glĂ© sur +30°C. Il vous faudra environ 24 heures avant de chauffer l’ensemble Ă cette tempĂ©rature.
Le greffage
- Sortir les porte-greffes de leur jauge, nettoyer les racines Ă l’eau et avec une brosse non agressive, en vue d’Ă´ter les rĂ©sidus de terre.
-  Greffer au collet, avec la mĂ©thode de votre choix (anglaise simple ou compliquĂ©e, cadillac, omega…). Ligature classique (flexiband).
- Plonger les greffes réalisées dans un bain anti-fongique
- Enlever une partie de la sciure et installer les greffes en les inclinant à 45° dans la chambre de chauffe.
- Recouvrir de sciure. Vous pouvez réaliser ainsi, si nécessaire, plusieurs couches. Le tassement doit être léger.
- Réinstaller la sonde, thermomètre, hygromètre et fermer le congélateur
Étapes de chauffe
- Les premières 24 heures sont maintenues à +30°C.
- Ensuite, la tempĂ©rature est abaissĂ©e Ă +26°C, pour une durĂ©e de trois semaines. Vous vĂ©rifierez tous les deux jours la tempĂ©rature et le taux d’humiditĂ©, qui doit ĂŞtre compris en 75 et 90%. L’Ă©tat sanitaire des greffes et de la sciure seront vĂ©rifiĂ©s chaque semaine.
- Au bout de ces trois semaines, les plants doivent avoir un cal cicatriciel, signe de succès de l’opĂ©ration :
- Maintenir deux jours de plus les greffes en chambre chaude, à une température entre +10 et +15 °C
Mise en culture
Après avoir sorti les greffes de la chambre de chauffe, nettoyer dĂ©licatement les racines en vue d’Ă´ter les rĂ©sidus de sciure.
Il va falloir maintenant adapter les plants à leur nouvel environnement de culture, après ce forçage en chambre chaude.
Voici des exemples de cas de figure pouvant se présenter :
- Une greffe rĂ©alisĂ©e en janvier, après trois semaines de chauffe Ă +26°, ne provoquera pas un dĂ©marrage marquĂ© des bourgeons. Dans un tel cas, vous pourrez les temporiser en cave jusqu’au printemps.
- Une greffe tardive rĂ©alisĂ©e en mars, trois semaines de chauffe Ă +26°C, aboutira gĂ©nĂ©ralement Ă une pousse marquĂ©e du greffon (parfois plus de 8 cm), sans pigmentation : il faudra alors les rĂ©adapter soigneusement, dans une serre sous voile d’hivernage par exemple. (On peut limiter le dĂ©bourrement, pour les greffes tardives, en passant sur une chauffe de +28°C pendant seulement deux semaines ; mais cela peut favoriser dĂ©veloppement des moisissures et pourra mettre en pĂ©ril votre entreprise).
Mise en culture
En suivant mĂ©ticuleusement ce mode opĂ©ratoire, on peut arriver jusqu’Ă des taux de 100% de rĂ©ussite, pas seulement avec les noyers (Juglans), mais aussi les pacaniers (Carya), mĂ»riers (Morus), etc.
L’an prochain, je tenterai de remplacer la sciure par de la perlite.
Compte-tenu de l’investissement matĂ©riel, ce procĂ©dĂ© est Ă rĂ©server si vous avez des quantitĂ©s des greffes importantes. Le cas Ă©chĂ©ant, vous avez tout intĂ©rĂŞt Ă vous tourner vers la mĂ©thode de greffe en chip-budding forcĂ©e.
Résultats du remplacement de la sciure par un mélange perlite /vermiculite
Voici un complĂ©ment d’article qui complète la version initiale, rapportant l’essai de remplacer la sciure par un mĂ©lange perlite/vermiculite (qu’on peut trouver par exemple Ă ~15 € les 100 litres chez Brico-DĂ©pĂ´t).
La procĂ©dure reste la mĂŞme Ă la diffĂ©rence que l’on dĂ©marre avec un produit sec (contrairement Ă la sciure fraĂ®che qui est naturellement humide) : il faut donc un arrosoir muni d’une pomme pour arrosage en pluie fine. (Pour gagner du temps de chauffe, l’arrose avec de l’eau chaude Ă 30°C, additionnĂ©e de quelques gouttes d’eau de javel).
Au 2ème point de l’étape « PrĂ©paration de la chambre chaude », ’ il faut dĂ©poser une couche moins importante (2 ou 3 cm) et arroser d’un mouvement ample et continu pour bien humidifier le mĂ©lange perlite/vermiculite. RĂ©pĂ©ter l’opĂ©ration jusqu’au 5/6 cm avant pose du système de chauffe et de mĂŞme jusqu’au remplissage de la chambre. Mis Ă part cela, rien ne change au mode opĂ©ratoire ci-dessus indiquĂ©.
Pour un mĂ©lange de 300 litres de perlite/vermiculite, j’ai utilisĂ© plus de 40 litres d’eau.
Pour la dĂ©sinfection des plants, j’avais la possibilitĂ© d’utiliser un fongicide Ă large spectre rĂ©servĂ© aux professionnels, mais il a fallu trouver un produit accessible Ă l’amateur.
Le produit en question est (Previcur® N Jardin) de Bayer Jardin pour traitement des maladies d:u sol, pourritures racinaires, fonte des semis.
C’est un fongicide systémique polyvalent contre le Pythium, Phytophthora, pourritures racinaires, pourriture des collets, dépérissements.
La procédure employée est une dose de 15ml pour 10 litres d’eau (eau à 25°C) : plonger les racines dans le bain environ 3mm (Obligatoire : porter des gants et par précaution un masque respiratoire). Ne pas rincer le produit et mettre en place de façon normale à 45° dans la chambre de chauffe.
Le mélange perlite/vermiculite à ma grande surprise ne demande pas plus d’énergie que pour la sciure ; étant un isolant, avec une aération plus grande entre les grains de perlite/vermiculite, je supposais qu’il consommerait plus d’électricité mais en fait il agit un peu comme les matériaux réfractaires en emmagasinant et restituant la chaleur.
Le test est donc positif ; le seul défaut est le coût de cette technique qui s’en trouve augmentée par rapport à la sciure gratuite en scierie.
Résultat final :
Plants qui n’ont pas encore dĂ©bourrĂ© en sortie de chambre chaude :
Évolution d’un plant qui a commencĂ© Ă dĂ©bourrer en chambre chaude :Â
 Les plants sont mis en pots, les feuilles sont dépigmentées
 Après un jour, le feuillage est encore dépigmenté
 Après trois jours, le feuillage commence à devenir vert.
Après une semaine.
Après une semaine
Catégorie : Techniques de multiplication