Le marcottage aérien est une méthode de multiplication végétative très repandue chez les amateurs de bonsaï, en vue d’obtenir un sujet enraciné à partir d’une branche d’un arbre souvent âgé. Cette technique peut tout aussi bien être mise à profit pour de l’auto-production de porte-greffe, ou multiplier directement des arbres non destinées à être greffés, vivant sur leurs propres racines.

En pratique :

L’opération se réalise au printemps ou tout début de l’été, lorsque les arbres sont bien en sève et que l’écorce se décolle aisément, sans la moindre adhérence.

Nous sélectionnons une branche à multiplier, dans le cas présent celle d’un figuier :

 

branche de figuier

 

Nous pratiquons deux incisions annulaires. Il faut que la lame du couteau s’enfonce jusqu’à traverser l’écorce, puis procéder à une rotation de façon à former un anneau. Il faut que les deux anneaux soient espacés d’au moins un centimètre et que l’incision supérieure soit de préférence sous un oeil.

 

incision annulaire

 

Ensuite, nous relions ces deux incisions annulaires, par une incision verticale.

 

incision verticale

 

 Ceci en vue d’extraire un anneau :

 

extraction de l’anneau

 

 

extraction de l’anneau

 

 

De façon facultative, nous pouvons saupoudrer, sur la branche, de l’hormone de bouturage, au niveau de l’emplacement de l’incision annulaire supérieure.

Nous nous munissons d’un film plastique transparent de forme rectangulaire (par exemple découpé dans un sac plastique type congélation).

 

decoupe d’un film transparent

 

 

Nous l’enroulons sur lui-même de façon à former un manchon :

 

 

manchon

 

Nous ligaturons la base du manchon, à l’aide d’adhésif par exemple, de façon à ce que l’anneau débité dans la branche soit positionné au milieu du manchon :

 

manchon fermé à sa base

 

Nous versons dans le manchon du substrat qui retient l’eau : soit de la mousse de sphaigne, du terreau additionné de vermiculite, à défaut terreau pur.

 

remplissage du manchon

 

 

Nous fermons la partie supérieure du manchon, de façon à former une sorte de papillote, qui maintient alors notre substrat dans un milieu confiné.

 

manchon remplit

 

 

Nous nous munissons d’une seringue avec aiguille, et nous injectons de l’eau dans le manchon, de façon à l’humidifier :

 

injection d’eau

 

 

 

Nous recouvrons le tout d’une couche de papier aluminium, afin d’opacifier.

 

papillote aluminium

 

 

attention Sur les branches de faible diamètre, il y a risque de casse durant la phase de marcottage, car la branche présente, suite à la suppression de l’anneau d’écorce, une fragilité mécanique. Un tuteur est conseillé pour de tels diamètres.

 

Environ tous les quinze jours, nous défaisons la papillote en aluminium pour vérifier, à travers le plastique, l’état d’humidité du substrat (si nécessaire, on réinjecte de l’eau avec la seringue), et l’état de développement des racines.

Ne pas se précipiter à sevrer la marcotte (c’est à dire couper en dessous de la papillote) dès les premières radicelles visibles à travers le film transparent. Attendre que le système racinaire soit suffisamment développé et dense pour assurer une reprise. La durée de formation d’un tel système racinaire est très variable et dépend de l’espèce marcottée.

 

apparition de radicelles

 Apparition des premières racines au bout de quelques semaines,
il est encore trop tôt pour sevrer la plante.

 

 

sevrage marcotte

 Le système racinaire est maintenant suffisamment développé
pour envisager un sevrage.

 

Quand sevrer?

Pour les espèces caduques (qui perdent leur feuilles l’hiver), il y a deux possibilités :

– soit on sèvre en période de végétation, lorsque le système racinaire est abondant. On mettra alors la marcotte rempotée à l’ombre et sous cloche, une quinzaine de jours, le temps qu’elle s’adapte.

– soit on sèvrera en période de repos végétatif, l’hiver, lorsque les feuilles seront tombées.

 

 

mise en pot de la marcotte

 La marcotte est sevrée et mise en pot.
Le sevrage étant réalisé ici en période de végétation, il est recommandé,
pendant une quinzaine de jours, de mettre la plante
sous cloche.

 

En théorie :

Pourquoi réaliser une incision annulaire en vue d’aider la formation des racines ?
Pour comprendre cela, il faut se remémorer la circulation de la sève dans un arbre.

La plante puise l’eau et les substances nutritives dans le sol à l’aide de son système racinaire. Cette sève, appelée sève brute ou sève montante, est transportée vers le haut de la plante par une couche nommée xyleme. Dans les parties aériennes de la plante se produit la photosynthèse, qui transforme la sève brute en sève élaborée, dite aussi sève descendante, qui contient de l’eau, des hydrates de carbones, des auxines… qui redescend par une couche appelée  phloeme.

Le phloème est une couche sur la partie externe de la branche, juste en dessous de l’écorce alors que le xyleme est plus près du coeur de la branche. En extrayant notre anneau, nous ôtons la couche phloeme, mais épargnons la couche xyleme. De ce fait, malgré cette incision, la partie supérieure de la plante continue à vivre, vu qu’elle est alimentée de sève montante ; par contre, au niveau de la plaie, la sève descendante est bloquée.  Se produit alors une concentration d’hydrates de carbone et d’auxines qui vont permettre la régénération rapide de racines.

 

 

phloem xylem

 

Schéma simplifié des couches de circulation des sèves.
Lorsque nous procédons à l’extraction de notre anneau circulaire, la couche phloeme de sève descendante est supprimée, alors que la couche xyleme de sève montante est conservée.