Porte-greffes :


Pistacia terebinthus (Pistachier térébinthe) :

Il sera le porte-greffe de choix pour la zone au Nord de la Méditerranée, les zones à forte pluviométrie. C’est celui qu’on emploie en France (zone méditerranéenne), la Sicile, la Turquie. Il offre une bonne résistance au pourridié, au phythophtora. Sa vigueur est moindre que Pistacia atlantica.
Le semis est capricieux, on ne peut guère espérer que 20% de levée des semis. Les semences nécessitent une scarification, mécanique ou chimique, de l’endocarpe.

Pistacia atlantica :

On peut espérer des semis une levée de 30 à 40%.
Un porte-greffe classique en Tunisie, connu sous le nom vernaculaire « Betoum ». Il est aussi utilisé aux USA.

– UCB#1  (UC Berkeley 1):

Sélection de l’Université de Beckerley Californie (obtenteur Dr. Lee Ashworth). Issu d’une hybridation Pistacia atlantica x Pistacia integerrima. Testé en résistance au froid (a tenu aisément 11 nuits avec des minimas -11 à – 15°C) alors que d’autres sélections de porte-greffes tels le Pioneer Gold I a subit plus de 40% de pertes.
Augmente le rendement de production (+40% par rapport à un Pistacia atlantica). Améliore les variétés sujetes à l’alternance.  C’est un semis d’UCB-1 et non un clone multiplié végétativement qui est utilisé en tant que porte-greffe. Sol : mêmes conditions que Pistacia atlantica.

– Pistacia integerrima (Khinjuk) :

On peut espérer des semis une levée de 30 à 40%.
Vigueur comparable à celle de Pistacia terebinthus.
On l’utilise généralement pour les sols arides d’altitude.
Utilisé entre autres en Turquie.
Protège contre les maladies cryptogamiques.

– Pistacia x palestina :

On peut espérer une levée de 40% des semis.
Utilisé en Grèce, au Liban.

– Pistacia vera :

C’est le semis qui germera le mieux, environ 50%.
Il n’est pas adapté en tant que porte-greffe à une culture de plein sol en France.
En Syrie, c’est le franc de la variété ‘Achouri’ qui fait référence ; en Tunisie les franc de la variété ‘Mateur’.

– Pistacia mutica :

Faible vigueur.

– Pistacia chinensis :

Faible vigueur.

(Remarque : Pistacia Lentiscus (Pistachier lentisque) n’est pas recommandé en tant que porte-greffe. Son aspect buissonnant et ses repousses nombreuses sont néfastes au développement du greffon.)

 

Méthodes de greffage :

Fente : fin mars, début avril. Très faible taux de reprise (de l’ordre de 10%).

Anglaise : fin mars, début avril. Faible taux de reprise.

Couronne : au moment de la floraison. Utiliser des greffons à deux yeux. Mastiquer. Ensacher le tout pour protéger du soleil, sachet qui sera retiré dès le début du débourrement du greffon. Faible taux de reprise.

Chip-budding oeil poussant : mai-juin, soit avec du greffon de l’hiver en état de repos végétatif (semble avoir une meilleure reprise), soit avec du greffon frais.

Flute / sifflet : mai, parfois juillet-août.

Ecusson oeil poussant : mi juin, de préférence avec du greffon hiverné, choisir des bourgeons bien formés.

Ecusson oeil dormant : Mi-Juillet au moment de la lignification : pas avant (bois pas assez aoûté), pas après (baisse de sève dès la fin Juillet). Avec du greffon « frais ».

Placage : Mi-juillet, au moment de la lignification.

Voir aussi : http://www.jardin-mundani.com/empelts/lateralsubcortical.htm

Production des porte-greffes par semis :

Un porte-greffe issus de semis sera greffable au bout de 2 à 3 ans.

On choisit impérativement des graines de la dernière récolte. Ces dernières, aussitôt récoltées, doivent être débarrassées de leur mésocarpe (pour faciliter l’opération, on peut tremper préalablement les drupes). On met à sécher, et on conditionne les semences dans des sachets.

La période de stratification-vernalisation sera au minimum d’un mois, et au maximum de trois mois (au delà, les semences, particulièrement celles de Pistacia terebinthus, voient leur taux de levée, déjà faible, s’effondrer). Elle s’effectue sur une plage de températures de +4 à +8°C, en atmosphère humide. Les graines sont plantée la « tête » en haut, dans un substrat composé de sable :

Stratification et vernalisation de pistaches

Pour augmenter les taux de levée, on procède dès la fin de la vernalisation à un forçage à +20-22°C, jusqu’au obtenir le début de la germination.

La culture du porte-greffe issus de semis devra se faire obligatoirement :

– soit en plein champ à son emplacement définitif : dans ce cas là on sèmera en place les graines germées. Avantage : le pivot du porte-greffe non détérioré permettra un très bon enracinement. Inconvénient : vu les échecs de greffage, il est difficile de pouvoir s’assurer de la réussite (mais on sera toujours à temps de reprendre un porte-greffe échoué l’année suivante).

– soit en pot : en effet, les Pistacia ne supportent quasiment pas la transplantation en racine nue. Les plants en pot qui auront un greffage réussi seront ensuite transplantés en pleine-terre, avec leur motte.

Pour la culture en pot, deux possibilités :

– soit on sème directement la graine germée : le pivot se développe très vite. Il faudra un pot profond, avec des risques de chignognage malgré tout.

– soit on effectue un traitement de la graine à l’issue de la vernalisation préalablement à son repiquage en pot. Cela doit se faire au début de la germination, au moment où le radicule fait 1 à 3 cm de long. On pince l’extrémité du radicule (maximum un demi-centimètre) en vue de le sectionner. Cela empêchera le pivot de se former et entraînera rapidement la formation d’un système racinaire secondaire. Il est important d’opérer à ce stade de développement, ce qui nécessite un suivi très soigneux de la levée des semis, tous les deux jours environ, car la racine pivotante se forme très vite.

Germination d’une pistache

Dans les deux cas, et particulièrement le premier, il faudra surélever les pots, de façon à ce que les racines ne plongent pas dans le sol via les trous de drainage.

Le repiquage post-vernalisation doit se faire très rapidement, la sensibilité à la déshydratation est grande.

La graine est recouverte de 3 cm de terre et aussitôt arrosée. Il faudra veiller ni à inonder les semis, ni à les laisser dessécher. A ce stade, il faut, pour donner un ordre d’idée, arroser une fois par semaine, jusqu’à ce que la tige sorte de la terre.

 

Production des porte-greffes par bouturage :

C’est une méthode de production plus techniquement difficile, et qui donne des résultats assez faibles vu l’effort déployé.
La bouture se fait avec des pousses de l’année semi-ligneuses.
L’emploi de l’hormone de bouturage A.I.B. est nécessaire.
Les boutures doivent être placées ensuite sous brouillard.

 

Production des porte-greffes par marcottage :

Sur un sujet relativement âgé de plein champ, le rabattre.
La mise de racine sur les rejets est très long, généralement 3 ans, sans compter les risques de non reprise à la transplantation.

 

Conservation des greffons en repos végétatif :

Température conseillée : +6 à +8°C.

 

Préparation du pied-mère en vue d’une récolte de greffons :

En décembre, le pied-mère doit être sévèrement rabattu, et les rameaux à fruit doivent être supprimés.
Arrosages copieux tous les 15 jours en avril mai et juin, avec fertilisation azotée.

 

Préparation des porte-greffes en vue d’être greffés :

Pour les gros sujets, sujets déjà implantés sur le terrain, un rabattage est nécessaire en hiver, afin de forcer la formation massive de nouveaux rameaux vigoureux qui accueilleront la greffe.

Pour tout gabarit de porte-greffes, on arrête l’arrosage des porte-greffes 10 à 15 jours avant le greffage, afin qu’ils n’aient pas d’excès de sève.

 

Remarque sur le greffage :

Les taux de réussites maximum à espérer avec les méthodes les plus éprouvées seront de l’ordre de 50%.
– La greffe en écusson ou chip : l’écusson est de la dimension suivante : 2 cm de bois au dessus de l’oeil, 1 cm au dessous. Le bois de l’écusson doit être lignifié. La pose est recommandée sur une pousse de l’année, et non sur du vieux bois. Il est nécessaire à une bonne reprise que la ligature assure une bonne pression, surtout au niveau du pourtour de l’oeil où il ne faut pas hésiter à bien serrer. Étêtage (à plus de 30 cm du point de greffe) une semaine après le greffage. 15 jours après, le pétiole doit chuter classiquement, on onglète à ce moment là. On ôte la ligature, surtout les ligatures non extensibles type raphia, un mois après la greffe.

– Les greffes utilisant un greffon frais : le choix du greffon se fait sur des rameaux suffisamment lignifiés sur les 3/4 de leur longueur. Toutes les mesures contre la déshydratation doivent être mises en oeuvre (prélèvement le matin « à la fraîche », suppression immédiate des feuilles (on laisse 1 cm de pétiole), linge humide, transport en glacière…). L’usage de bande anti-déshydratation (parafilm, ruban PVC…) pour protéger les greffons (chip, écusson…) n’est pas indispensable, mais conseillée ; ne pas couvrir l’oeil. Greffer sur la face la moins exposée au soleil le plus chaud.

– Il est possible de lancer une campagne de greffage d’oeil en septembre, en provoquant un « deuxième printemps », par une irrigation intensive (tous les 8 à 10 jours) et fertilisée qui provoquera une nouvelle poussée de rameaux (aussi bien porte-greffe que pieds-mère). Certaines sources indiquent que les meilleurs résultats sont obtenus avec ce mode opératoire, qui parait s’imposer dorénavant comme une référence. Les greffes partent ainsi généralement à oeil poussant. De plus, les plants de semis de l’année sont généralement greffables en Septembre, s’ils ont été eux aussi « forcés ».

– Utilisation des greffons hivernés : il est recommander de les « réactiver » en les forçant. 4 à 6 jours avant le greffage, on les sort du réfrigérateur, en les laissant à la verticale dans un verre rempli de 3 cm d’eau. Le signe d’une bonne « réactivation » est une écorce qui se détache bien.

-Un pistachier greffé mettra quelques premiers fruits 2 à 3 ans après le greffage, mais il faudra attendre 7 à 10 ans pour avoir des récoltes conséquentes.

– Utiliser bien sûr des yeux à bois (petits et pointus) et non des yeux à fleur (distinguables des yeux à bois par leur grosseur très significative).

 
 

 

Greffe d’un pistachier

Photographie d’une greffe de pistachier :
Le porte-greffe avait été décapité en [1] afin de faire partir une nouvelle tige herbacée [2], sur laquelle on a greffé en mai en écusson [3]. Après le démarrage de l’oeil, un onglet avec plusieurs yeux [4] a été conservé.

 

 

Sources :

Amélioration d’espèces à fruits à coque : noyer, amandier, pistachier (CIHEAM)

Multiplication du pistachier en pépinière (institut National de la Recherche Agronomique de Tunisie)

Le greffage du pistachier en Tunisie Centrale (FAO)