INTRODUCTION
Prenez le noyau d’une prune que vous venez de manger. Mettez-le dans un pot et arrosez-le : il ne germera pas ! Car la Nature fait bien les choses : le prunier fructifiant l’Ă©tĂ© ; si la graine venait Ă germer dès la tombĂ©e au sol, le petit prunier issus de ce semis n’aurait pas assez de temps pour se consolider avant les rudes froids hivernaux et ne survivrait pas. La parade mise en place est une protection qui entoure la graine, protection qui, tant qu’elle n’aura pas Ă©tĂ© transpercĂ©e (par le froid, la pluie ou l’action combinĂ©e de divers processus), empĂŞchera la germination de la graine. On dit que la graine est en phase de dormance, c’est-Ă -dire en attente d’usure de cette protection. Depuis 200 millions d’annĂ©es, avec l’apparition du Gingko biloba1 et des plantes Ă fleurs2 les conditions de levĂ©e de dormance se sont particulièrement complexifiĂ©es. Pour les premières graines en dormance apparues, il suffisait qu’elles tombent au sol dans un peu d’humiditĂ© pour germer. Mais petit Ă petit, au cours de l’évolution, des conditions supplĂ©mentaires ou particulières se sont installĂ©es. Du fait de cette complexification, aujourd’hui chaque espèce a ses propres critères de levĂ©e de dormance, ce qui nĂ©cessite une recherche documentaire prĂ©alable sur la graine que l’on souhaite faire germer3.Parmis les processus naturels d’usure de cette protection retrouvĂ©s sous nos latitudes, la nĂ©cessitĂ© d’une vernalisation4des graines est souvent nĂ©cessaire pour lever leur dormance. Il s’agit d’exposer la protection des semences (qui les empĂŞche de germer immĂ©diatement) aux basses tempĂ©ratures et Ă l’humiditĂ©, ce qui correspond en fait aux conditions hivernales. Pour faire subir cette vernalisation aux semences, une des techniques consiste Ă disposer en couches alternĂ©es sable et semences. Cette technique de vernalisation “en strates” porte le nom de stratification. La stratification permet de conserver la facultĂ© germinative des graines tout en les protĂ©geant du gel et en Ă©vitant leur dessèchement ou leur rancissement. La stratification permet de ramollir les tĂ©guments des graines qui bloquent la germination (par leur Ă©tanchĂ©itĂ© Ă l’air et Ă l’eau), et Ă maintenir un froid humide qui va sortir la graine de sa dormance.Dans le cadre de cet article, pour faire en sorte que les semis germent dans les meilleures conditions, nous allons voir comment lever la dormance de certaines graines par le froid, et plus particulièrement comment rĂ©aliser une stratification5 froide de ces graines. Après une partie gĂ©nĂ©rale sur ce procĂ©dĂ©, nous aborderons plus en dĂ©tail la thĂ©orie et la biologie des phĂ©nomènes mis en jeu.
1 - STRATIFICATION FROIDE : MODE OPERATOIRE
1A - TRAITEMENT PREALABLE
La durĂ©e de stratifictation des graines est très variable d’une espèce Ă l’autre et au sein d’une mĂŞme espèce (bien que la stratification permette justement de plus ou moins coordonner la germination des graines d’une mĂŞme espèce). Cette dormance diffĂ©rentielle, couplĂ©e Ă un Ă©chelonnement de la germination sur une pĂ©riode de temps plus ou moins longue, contribuent Ă Ă©viter une Ă©ventuelle destruction massive Ă la suite d’une catastrophe climatique exceptionnelle ou d’une attaque de ravageurs. Deux Ă quatre mois de stratification sont gĂ©nĂ©ralement nĂ©cessaires pour les espèces fruitières courantes et il faut s’arranger pour ne pas mettre ses graines trop tĂ´t en stratification, afin que la levĂ©e de dormance coincide avec le retour des beaux jours. Comment faire, dans ces conditions, pour conserver les noyaux de ces dĂ©licieuses cerises consommĂ©es au Printemps dernier jusqu’au moment opportun de mise en stratification ? Rien de plus simple…
+ Pour les fruits secs, le but est de favoriser le sĂ©chage. On les entrepose donc dans un local aĂ©rĂ© et frais (10-15°C). On stocke les graines dans un sac permĂ©able Ă l’air en remuant rĂ©gulièrement. Attention aux rongeurs Ă©ventuels.
+ Pour les fruits charnus, on fait simplement sécher les graines des fruits avec peu de chair (pomme, poire, nashis, etc.). Si la chair est abondante, on laisse le fruit pourrir puis on le lave, on tamise et on sèche les graines6 . On les conserve ensuite comme les fruits secs (local aéré et frais).
1B - STRATIFICATION DES “GROSSES” GRAINES
On entre dans cette catĂ©gorie toutes les graines de dimensions suffisantes pour ĂŞtre manipulĂ©es sans difficultĂ© Ă la main, aussi bien pour la mise en place de la stratification que pour leur rĂ©cupĂ©ration. De façon non exhaustive, amande, cerise, chataĂ®gne, gland, marron d’Inde, noisette, noix, olive, pĂŞche, prune ou samares d’Ă©rables rentrent par exemple dans cette catĂ©gorie.
Pour rĂ©aliser la stratification froide de ces grosses semences, on dispose les graines par couches dans des pots ou des caisses remplis de sable humide (mais bien drainĂ© pour conserver une bonne aĂ©ration) : trois centimètres de sable, une couche de graine, trois centimètres de sable, etc… En disposant les graines, on s’arrange pour qu’elles ne se touchent pas (pour Ă©viter toute propagation d’une Ă©ventuelle moisissure). Au lieu de sable grossier pur, on peut aussi utiliser un mĂ©lange 50 / 50 sable / tourbe7.
On enterre les contenants au pied d’un mur au nord. On peut les protĂ©ger de la pluie en les recouvrant de paille (il faut Ă©viter Ă la fois l’excès de sècheresse et l’excès d’humiditĂ©) et les protĂ©ger des rongeurs Ă l’aide d’un grillage. A la fin de l’hiver, vers fĂ©vrier-mars, on commence Ă surveiller les graines. L’idĂ©al est de renverser dĂ©licatement le pot et de chercher les semences Ă coques dures (type noix) ayant commencĂ© Ă s’entrouvrir et les semences « Ă peau fine » (type marron) laissant apparaitre un germe8. Ces graines en cours de germination sont alors semĂ©es en pot individuels ou en place9, les autres Ă©tant replacĂ©es de la mĂŞme façon dans leur caisse de stratification.
On répète cette opération de collecte de semences germées en mars-avril (voire en avril-mai). Il est normal qu’une partie de graines ne germe pas la première année (certaines sont même réputées ne germer qu’au bout de 2-3 ans).
Attention, lors d’une stratification en pot, il est très courant que les graines « au fond du pot » soient à un stade plus avancé que celles de surface. Ce phénomène est probablement lié aux différences de conditions présentes sur la hauteur du pot (humidité). Il est ainsi impératif de tout déterrer lors du / des contrôle(s) de Printemps, et de ne pas seulement vérifier les couches de surface10. Selon les espèces, les graines lèvent en général après avoir passé 60 à 120 jours sous des températures oscillant entre - 10°C et + 5°C (mais des délais bien plus longs peuvent être observés). Une stratification mal faite peut entraîner le pourrissement des graines le plus souvent lié à un trop plein d’humidité ou à du sable contaminé.

Une autre technique de vernalisation des grosses semences consiste Ă utiliser le rĂ©frigĂ©rateur : les graines sont mises dans un mĂ©lange 50/50 sable / tourbe humidifiĂ© Ă hauteur de 10 cl d’eau par litre de mĂ©lange, dans des boites plastiques hermĂ©tiques ou de petits sacs de congĂ©lation (appuyer sur le sac avant de refermer pour chasser un peu d’air). Placer ensuite le tout pendant la durĂ©e nĂ©cessaire (en moyenne 3 Ă 4 mois) dans le bas du rĂ©frigĂ©rateur. VĂ©rifier rĂ©gulièrement l’humiditĂ© du substrat et remuer de temps en temps les semences. Une odeur d’alcool Ă l’ouverture d’un sac est l’indice d’une respiration anaĂ©robique rĂ©sultant d’un manque d’oxygène : il faut ouvrir le sac et remuer les semences plus frĂ©quemment. PassĂ© le dĂ©lai nĂ©cessaire, on vide le sac sur une table et on rĂ©cupère les graines. Toutefois, pour les grosses graines, cette technique ne prĂ©sente pas vraiment d’avantage par rapport Ă une stratification en extĂ©rieur (sauf si votre climat est trop doux). La vernalisation des grosses semences suivant ce procĂ©dĂ© est surtout utilisĂ© par les professionnels en chambre froide. Les particuliers utilisent gĂ©nĂ©ralement cette technique que s’il ne disposent que de petites quantitĂ©s de semence fragiles ou s’il s’agit de semences nĂ©cessitant un traitement un peu particulier11.
1C - STRATIFICATION DES BAIES ET DES PETITES GRAINES
De nombreuses petites graines telles que celles trouvĂ©es dans les baies de Cotoneaster, de framboise, de mĂ»re, etc. nĂ©cessitent aussi un passage par une pĂ©riode froide (vernalisation) pour germer. NĂ©anmoins, la technique de stratification en extĂ©rieur est alors beaucoup plus difficile Ă mettre en oeuvre; le risque de ne jamais retrouver les graines lors du dĂ©terrage de fin d’hiver Ă©tant très important (pensez au minuscules graines d’Eucalyptus (( Growing Eucaluptys from seed : http://www.angelfire.com/bc/eucalyptus/seed.html )) , par exemple).
Plusieurs solutions sont alors envisageables :
- Soit on procède Ă une vernalisation au rĂ©frigĂ©rateur en suivant le mĂŞme protocole que dĂ©crit ci-dessus. La rĂ©cupèration des semences une Ă une peu parfois ĂŞtre un travail de longue haleine; mais au moins on est certain de rĂ©cupĂ©rer les graines avec un peu de patience. Une autre solution consiste Ă ensemencer la surface d’un bac rempli de terreau avec le mĂ©lange sable + graine, de recouvrir avec un peu de terre et de repiquer les plantules en pots individuels plus tard en saison.
- Soit on rĂ©alise un semis direct (en pleine terre) Ă l’automne, les conditions hivernales -des zones 7 ou plus basses- Ă©tant par excellence les conditions d’une vernalisation. Toutefois, du fait d’un contrĂ´le moins Ă©vident sur le sol (humiditĂ©, drainage, texture, flore microbienne, etc.) et sur la profondeur du semis ; le taux de germination rĂ©ussie est gĂ©nĂ©ralement plus faible. On peut amĂ©liorer l’efficacitĂ© du processus en semant directement en place plusieurs graines dans des petits poquets de sable + terreau.
- Soit on rĂ©alise un semis en bac. Dans ce cas les graines sont simplement semĂ©es en surface d’un terreau bien draĂ®nĂ© dans un bac. On laisse le bac en extĂ©rieur tout l’hiver et les semis lèvent naturellement au Printemps (on ne rĂ©cupère pas les graines entre temps). On repique ensuite les plantules au cours de l’annĂ©e.
- Certaines baies, telles que celles du Cotoneaster, subsistent tout l’hiver sur l’arbre. Dans ce cas “idĂ©al”, on laisse les baies subir les frimas de l’hiver et on sème les graines directement en place au Printemps.
Conifères : remarque. Les graines de la plupart des conifères sont relativement petites, c’est pourquoi on les place dans cette section. Une partie des conifères ne prĂ©sente pas de dormance ; et pour les autres, du fait de la petite taille des graines, on conseille souvent une simple vernalisation en sac ou un semis direct en pot. Voir http://www.parlonsbonsai.com/Semis-de-coniferes.html pour des prĂ©cisions sur les semis de conifères.
1D - REMARQUE SUR LE POMMIER
On lit rĂ©gulièrement que le pommier n’a pas besoin de vernalisation pour germer, ce qui semble très Ă©tonnant. En effet, le pommier est un arbre de climat tempĂ©rĂ© avec hivers marquĂ©s (plus ou moins), et on comprend difficilement pourquoi ce passage au froid n’est pas nĂ©cessaire. Une hypothèse est que, pendant la dĂ©composition naturelle du fruit en hiver, les pĂ©pins sont protĂ©gĂ©s du froid et ne sont pas dans un milieu propice Ă la germination (bien qu’il arrive de retrouver des pĂ©pins germĂ©s dans des pommes, je l’ai vu de mes yeux). Ceci expliquerais qu’une simple rĂ©hydratation des pĂ©pins avant le semis, au printemps, soit suffisante pour dĂ©clencher la germination.
Dans un article de 1883 (texte intĂ©gral en ligne), De la formation et de l’entretien des PĂ©pinières de Pommiers, Roblet Ă©crivais : “Le procĂ©dĂ© le plus gĂ©nĂ©ralement employĂ© [pour semer des pĂ©pins de pomme] est celui-ci : quand le jus de la pomme est extrait, on recueille les pĂ©pins ; on les fait sĂ©cher pour les semer au printemps dans une terre lĂ©gère, profondĂ©ment labourĂ©e ; si le germe se trouve dans des conditions favorables, il se dĂ©veloppe facilement, et la racine acquiert une longueur Ă peu près Ă©gale Ă celle de la tige”.
Pourtant, en 1981, paraisssait un article de Lewak, “Regulatory pathways in removal of apple seed dormancy“, qui faisait un Ă©tat des lieux de tous les facteurs connus (Ă l’Ă©poque) pour affecter la dormance des pĂ©pins de pomme. Ceci tendrait Ă donc Ă prouver qu’il existe une dormance… De plus, on sait que l’acide abscissique est un inhibiteur de germination interne du pĂ©pin de pomme (voir paragraphe 3.D).
Je sème toujours mes pĂ©pins en automne Ă l’extĂ©rieur (en caissettes ou en pots individuels), je n’ai donc aucune pratique quand Ă la possibilitĂ© de faire germer des pĂ©pins non vernalisĂ©s au printemps.
2 - THEORIE ET BIOLOGIE : LA GRAINE
2A - STRUCTURE
Coupe d’une graine de pin parasol (pinus pinea)

1 : tĂ©guments ; 2 : endosperme ; 3 : hile ; 4 : cotylĂ©dons ; 5 : gemmule ; 6 : tigelle ; 7 : radicule. L’embryon est constituĂ© de l’ensemble des pièces 4, 5, 6 et 7.12
La germination d’une graine transforme l’embryon contenu dans la graine en une plantule indĂ©pendante. La germination est dĂ©finie comme l’apparition et le dĂ©veloppement, Ă partir de l’embryon contenu dans la graine, de ces structures essentielles qui sont rĂ©vĂ©latrices de la capacitĂ© de la graine de produire une plante normale dans des conditions favorables. Au moment de leur maturitĂ© et de leur dissĂ©mination, de nombreuses graines ont perdu la plus grande partie de l’humiditĂ© accumulĂ©e pendant leurs phases de formation. La rĂ©duction de l’activitĂ© mĂ©tabolique se traduit par un dessèchement de la graine, de sorte que l’embryon se trouve dans un Ă©tat de repos temporaire qui peut s’interrompre facilement pour peu que les conditions s’y prĂŞtent (dans le cas des graines non dormantes). Ces conditions sont une humiditĂ© adĂ©quate, une tempĂ©rature favorable, des Ă©changes gazeux convenables et, pour certaines essences, une luminositĂ© suffisante13 . Les valeurs optimales de ces diffĂ©rents facteurs varient considĂ©rablement selon les espèces, et il existe frĂ©quemment des interactions entre eux.
NĂ©anmoins, il arrive qu’une graine viable14 se trouve dans des conditions normalement considĂ©rĂ©es comme propices Ă la germination (tempĂ©rature, humiditĂ© et environnement gazeux adĂ©quats) et qu’elle ne germe pas. Cette impossibilitĂ© de germer immĂ©diatement est appellĂ©e dormance. En Ă©vitant la germination des graines au cours d’une saison dĂ©favorable (froid, sĂ©cheresse, etc.), la dormance est un mĂ©canisme naturelle assurant la pĂ©rennitĂ© des essences de climats tempĂ©rĂ©s et de climat tropical sec15.
Une espèce qui ne nĂ©cessite pas de prĂ©traitement pour germer est dite “non-dormante”. Si 10 Ă 15 jours de prĂ©traitement sont nĂ©cessaires, on parle de dormance lĂ©gère. Pour 30 Ă 60 jours de prĂ©traitement nĂ©cessaire, on parle de dormance modĂ©rĂ©e et, au delĂ de 60 jours de prĂ©traitement, on parle de forte dormance.
3 - LES DORMANCES
On distingue diverses sortes de dormance, qui coexistent parfois dans une même graine. La classification la plus simple16 consiste à faire la distinction entre la dormance tégumentaire (dite dormance exogène), la dormance embryonnaire (dite dormance endogène) et la dormance combinée (où interviennent en méme temps la dormance tégumentaire et la dormance embryonnaire).
3A - LA DORMANCE TEGUMENTAIRE :
Cette dormance est aussi dite “exogène” (”Qui provient de l’extĂ©rieur du corps, qui est dĂ» Ă des causes externes, par opposition Ă endogène”) car elle est liĂ©e aux diverses enveloppes de la graine. Dans cette catĂ©gorie, on distingue deux sous-types de dormance : la dormance tĂ©gumentaire chimique et la dormance tĂ©gumentaire physique.
La dormance tĂ©gumentaire chimique se manifeste souvent tant que la graine est encore entourĂ©e par le fruit, lequel contient des substances inhibitrices Ă la germination (la graine ne germera que si le fruit est dĂ©truit, mangĂ©, pourri, etc.). C’est aussi le cas des tĂ©guments de la graine dont beaucoup contiennent de l’acide abscissique, c’est-Ă -dire une hormone vĂ©gĂ©tale qui s’oppose Ă la germination (la graine ne peut germer que si le tĂ©gument est dĂ©truit ou si l’action de l’acide abscissique est inhibĂ©e)17. Certaines des substances phĂ©noliques des tĂ©guments qui sont probablement des inhibiteurs de germination pourraient de plus ĂŞtre bĂ©nĂ©fiques en inhibant la croissance des microorganismes pathogènes. Un autre type de dormance chimique, est liĂ© Ă la prĂ©sence d’un pigment sensible Ă la lumière dans le tĂ©gument (phytochrome). Chez ces graines, dites Ă photosensibilitĂ© positive18, une exposition prolongĂ©e Ă la lumière active le pigment qui stimule alors l’embryon et provoque la germination19.
La dormance tĂ©gumentaire physique est gĂ©nĂ©ralement liĂ©e Ă la prĂ©sence de tĂ©guments ou de pĂ©ricarpes durs comprenant des couches cutinisĂ©es impermĂ©ables Ă l’eau ou Ă l’air empĂŞche l’hydratation et les Ă©changes gazeux de la graine et donc sa germination ( l’altĂ©ration des enveloppes de la graine (scarification) et le trempage sont alors nĂ©cessaires). La dormance tĂ©gumentaire physique liĂ©e Ă l’impermĂ©abilitĂ© Ă l’eau ou aux gaz du tĂ©gument / pĂ©ricarpe concerne le plus souvent des essences adaptĂ©es Ă une alternance de saisons sèches et de saisons des pluies, et notamment plusieurs genres de lĂ©gumineuses, comme Acacia, Robinia, Albizzia et Cassia.
Un cas particulier de cette dormance physique est dit “dormance mĂ©canique” : bien que permĂ©able Ă l’eau, l’enveloppe Ă©paisse et coriace de la graine empĂŞche l’embryon de se dĂ©velopper (mĂŞme quand l’eau parvient Ă s’infiltrer). Cet obstacle mĂ©canique Ă la germination peut ĂŞtre levĂ© par l’application d’un traitement Ă la “chaleur humide”, dont la durĂ©e varie selon les essences20.
La dormance physique, liĂ©e Ă la prĂ©sence de tĂ©guments impermĂ©ables (Ă l’eau, Ă l’air) et la dormance chimique (prĂ©sence de produits chimiques inhibiteurs dans l’enveloppe des semences) interviennent toutes deux dans la dormance tĂ©gumentaire. Il est mĂŞme probable qu’elles agissent simultanĂ©ment dans la mĂŞme graine. Toutefois, il est souvent difficile de les distinguer, car un traitement qui amollit le tĂ©gument, comme le trempage dans l’eau chaude, Ă©limine en mĂŞme temps les inhibiteurs.
3B - LA DORMANCE EMBRYONNAIRE
Cette dormance est aussi dite “endogène” car elle est liĂ©e Ă des facteurs Ă l’intĂ©rieur de l’enveloppe de la graine. Dans cette catĂ©gorie, on distingue deux sous-types de dormance : la dormance embryonnaire (chimique) et l’immaturitĂ© physiologique. La cause principale de la dormance embryonnaire est la prĂ©sence d’inhibiteurs de germination dans l’embryon ou les tissus de stockage nutritifs. Pour que la germination ait lieu, il faut que ces inhibiteurs soit inactivĂ©s mĂ©taboliquement ou que leur effet soit contrecarĂ© par des substances promouvant la germination (hormones promotrices de croissance telle que les gibberellines). Sous les climats tempĂ©rĂ©s, naturellement, l’Ă©quilibre entre inhibiteurs et promoteurs de croissance est modifiĂ© par la combinaison d’une tempĂ©rature basse et d’une forte humiditĂ©, maintenues sur une pĂ©riode de temps qui varie d’une essence Ă l’autre. Des inhibiteurs de germination ont Ă©tĂ© isolĂ©s et identifiĂ©s dans de nombreuses graines de ligneux, l’acide abscissique (ou ABA) Ă©tant le plus courant. Parmis les espèces prĂ©sentant l’ABA comme inhibiteur interne, on retrouve l’Ă©rable Ă sucre (Acer saccharum), le noisetier commun (Corylus avellana), le frĂŞne d’AmĂ©rique (Fraxinus americana), le pommier (Malus pumila), le chĂŞne rouge (Quercus rubra). D’autres inhibiteurs de germination ont Ă©tĂ©s trouvĂ©s, mais on ne dispose pas d’information sur leurs modes d’action dans la graine.
L’autre dormance embryonnaire, l’immatĂ»ritĂ© physiologique (ou dormance morphologique), est liĂ©e au fait que l’embryon n’a pas achevĂ© son dĂ©veloppement morphologique lors de la dissĂ©mination des graines. Une croissance additionnelle de l’embryon est alors nĂ©cessaire, pour qu’il termine sa matĂ»ration physiologique au cours d’une pĂ©riode de surmatĂ»ration. Ce type de dormance se retrouve chez les frĂŞnes europĂ©ens et plusieurs sapins qui poussent en haute altitude. Dans le cas de l’immatĂ»ritĂ© physiologique, il est aussi possible qu’un système enzymatique critique ou un autre facteur biochimique ne soit pas en place dans la semence; une surmatĂ»ration de la graine Ă©tant nĂ©cessaire. Toutefois, les preuves de l’existence de tels phĂ©nomènes sont minces, et les mĂ©canismes mals connus, ceux-ci se confondant probablement avec ceux de l’immatĂ»ritĂ© embryonnaire.
3C - LEVEE DE LA DORMANCE TEGUMENTAIRE
Les prĂ©traitements destinĂ©s Ă lever la dormance tĂ©gumentaire physique consistent Ă amollir, percer, user ou fendre le tĂ©gument de manière Ă le rendre permĂ©able (sans pour autant endommager l’embryon et l’endosperme). Tous les traitements qui mettent un terme total ou partiel Ă l’impermĂ©abilitĂ© tĂ©gumentaire sont d’ordinaire qualifiĂ©s de “scarification” (Le rĂ©tablissement de la permĂ©abilitĂ© en un seul point du tĂ©gument suffit normalement Ă permettre l’imbibition et les Ă©changes gazeux). Les techniques utilisĂ©es pour surmonter la dormance physique, souvent abusivement regroupĂ©es sous le nom de “stratification”, sont plus ou moins sevères. En cas de doute sur le mode de levĂ©e de la dormance d’une graine, les traitements les plus doux devraient d’abord ĂŞtre testĂ©s, avant, si nĂ©cessaire, de les durcir pour parvenir au rĂ©sultat dĂ©sirĂ©.
+ Trempage dans l’eau froide.
Chez certaines espèces Ă graines dures, le tĂ©gument n’est pas totalement impermĂ©able. Tremper de telles graines dans de l’eau Ă tempĂ©rature ambiante pendant 24 Ă 48 heures peut ĂŞtre suffisant pour une imbibition totale (et un dĂ©marrage de la germination). Il faut noter que ce traitement par voie humide permet de combiner le ramollisement des tĂ©guments durs et le lessivage des Ă©ventuels inhibiteurs chimiques ( les mĂ©thodes par voie sèche, si elles peuvent parfois permettre de lever la dormance physique, n’ont normalement aucun effet sur la dormance chimique.).
+ Trempage dans l’eau chaude.
Cette technique est similaire au trempage Ă l’eau froide, sauf que les graines sont mises dans de l’eau très chaude, voire bouillante, et laissĂ©e dans l’eau jusqu’Ă son retour Ă tempĂ©rature ambiante (environ 12H). Une variante plus rare consiste Ă faire subir un choc thermique Ă la graine en la trempant dans l’eau bouillante puis en la jetant dans de l’eau Ă tempĂ©rature ambiante (oĂą elle reste ensuite plusieurs heures). Dans les deux cas, l’eau chaude ramollit ou brise le tĂ©gument, les graines s’imbibant et gonflant au fil du refroidissement de l’eau (ou du trempage). Le rapport entre le volume d’eau et le volume de semences varie considĂ©rablement et doit ĂŞtre dictĂ© par l’expĂ©rience (certains suggèrent qu’il faut mettre 2 Ă 3 fois plus d’eau que de semences, d’autres 4 Ă 5 fois). Le traitement Ă l’eau chaude a donnĂ© de bons rĂ©sultats avec un certain nombre de semences de FabacĂ©es : Accacia, Albizia, etc. Toutefois, certaines sont si rĂ©sistantes qu’on doit mĂŞme faire bouillir les semences dans l’eau pendant une heure (Acacia sieberiana : de 2% de taux de germination sans traitement, Ă 10% par trempage dans l’eau bouillante, Ă 60% par maintient de l’Ă©bullition pendant une heure !). Pour lever la dormance tĂ©gumentaire sans tuer les semences par suite d’un chauffage excessif, il est essentiel de scrupuleusement suivre les directives concernant le traitement Ă l’eau chaude de chaque espèce.
+ Traitement mécanique (scarification).
Une des mĂ©thodes physiques les plus simples consiste Ă couper, percer ou limer le tĂ©gument de chaque graine avant semis, afin d’y faire une petite entaille qui laissera passer l’eau et les gaz. Pour certaines espèces particulière, on conseille mĂŞme de retirer intĂ©gralement le tĂ©gument. On peut aussi frotter la graine sur le bĂ©ton ou se servir d’une lime ou de papier de verre pour rĂ©duire l’Ă©paisseur du tĂ©gument par abrasion. Le traitement manuel est lent, mais sĂ»r et efficace s’il est appliquĂ© prĂ©cautioneusement. Il convient particulièrement bien aux grosses graines rĂ©fractaires. L’effet de la scarification peut ĂŞtre renforcĂ© par un trempage dans l’eau froide avant semis. Pour les grandes quantitĂ©s de graines Ă scarifier, on a conçu des appareils spĂ©ciaux (pour casser les noyaux de pĂŞche, par exemple) ou on brasse les semences dans une petite bĂ©tonière avec du gravier, du sable21 dans un tambour spĂ©cial revĂŞtu d’une matière abrasive (papier de verre, ciment, verre pilĂ©, etc.).
Une technique proche de la scarification consiste Ă utiliser une aiguille chauffĂ©e (ou un pyrograveur) pour percer de petits trous dans le rĂ©gument. Cette technique semble très peu appliquĂ©e, l’avantage prinicpal Ă©tant que les raines “brĂ»lĂ©es” peuvent ensuite ĂŞtre expĂ©diĂ©es ou ĂŞtre Ă nouveau stockĂ©es, ce que certaines autres techniques de scarification n’autorise pas.
+ Traitement Ă l’acide.
Le produit chimique le plus frĂ©quemment employĂ© pour lever la dormance tĂ©gumentaire est l’acide sulfurique concentrĂ© (c’est-Ă -dire le “vitriol” !). Ce traitement est, pour certaines essences, plus efficace que le traitement Ă l’eau chaude. Il est applicable sur de nombreuses graines, mais la manipulation de l’acide sulfurique exige les plus grandes prĂ©cautions, Ă la fois pour le manipulateur et pour la semence. Les graines sont mises en contact avec l’acide pendant 10 minutes Ă une heure (en fonction de l’espèce et du lot de graine) puis soigneusement lavĂ©es Ă l’eau courante. Le tĂ©gument des semences correctement traitĂ©es est mat et superficiellement piquetĂ©. Si l’utilisation d’acide se rĂ©vèle intĂ©ressante Ă grande Ă©chelle22, les inconvĂ©nients de son utilisation par le particulier sont très nombreux (achat et stockage difficile, manipulation très dangereuse, Ă©gouttage problĂ©matique, risque de destruction des semences, gestion des dĂ©chets, etc.). Le chimiste que je suis conseillerais aux particuliers de n’envisager cette solution qu’en tout dernier recours, et de demander Ă une personne Ă©quipĂ©e et compĂ©tente (laboratoire, etc.) de rĂ©aliser l’opĂ©ration : on ne badine pas avec l’acide sulfurique !23 .
Pour information, on a parfois essayĂ© de lever la dormance tĂ©gumentaire Ă l’aide d’autres produits chimiques, mais aucun n’a Ă©tĂ© adoptĂ© aussi largement que l’eau chaude ou l’acide sulfurique. Parmi ces produits, on peut citer l’alcool Ă©thylique et mĂ©thylique, le xylène, l’Ă©ther, l’acĂ©tone, le chloroforme, l’acide chlorhydrique, l’acide nitrique et la soude caustique (pour la plupart dangereux Ă manipuler sans formation !).
+ Traitement spécifique à certaines espèces : le traitement biologique.
Dans la nature, certaines dormances peuvent être interrompues par la digestion par des animaux (chaleur et/ou enzymes digestives) ou par les micro-organismes, ceux-ci jouant un rôle important dans le rétablissement de la perméabilité tégumentaire. Il est difficile de les employer pour procéder à un prétraitement contrôlé des semences, mais on a parfois réussi à obtenir de bons résultats en ayant recours à eux. Un prétraitement de ces essences consiste par exemple à nourrir des chèvres parquées en enclos avec des gousses et à récupérer les graines dans les crottes de ces animaux. La fermentation partielle, qui entraîne la détérioration de beaucoup de semences, contribue à lever la dormance tégumentaire de certaines autres.
+ Traitement spécifique à certaines espèces : le traitement par le feu et ou une chaleur sèche.
Dans les rĂ©gions tropicales caractĂ©risĂ©es par une saison sèche et une saison des pluies, le feu est un puissant moyen naturel d’interruption de la dormance tĂ©gumentaire. Alors qu’un feu violent tue les graines, un feu faible Ă modĂ©rĂ©, tel que ceux qui sont associĂ©s aux incendies prĂ©coces contrĂ´lĂ©s, rĂ©tablit la permĂ©abilitĂ© du tĂ©gument et favorise la germination. Il est possible d’Ă©taler les fruits en une couche Ă©paisse sur le sol et de les recouvrir d’herbe qu’on fait brĂ»ler. Dans de rares cas, on peut aussi traiter les semences par la chaleur sèche… dans un four. NB : il ne faut pas confondre ce mode de levĂ©e de dormance avec l’action que peut avoir le feu sur la vĂ©gĂ©tation dite pyrophyte, comme certains sapins dont les cĂ´nes sèchent et s’ouvrent Ă la suite d’un incendie, libĂ©rant des graines viables (elles vivent plusieurs annĂ©es dans les cĂ´nes) sur un sol dĂ©nudĂ© et fertilisĂ© ou le chĂŞne liège24.
+ Traitements spécialement adaptés à la dormance mécanique
L’enveloppe des graines manifestant une dormance mĂ©canique est permĂ©able Ă l’eau mais elle est Ă©paisse, solide et rĂ©siste Ă la croissance embryonnaire. Cet obstacle mĂ©canique Ă la germination peut ĂŞtre levĂ© par l’application d’un traitement Ă la chaleur humide (voir mode opĂ©ratoire au paragraphe 3.E), dont la durĂ©e varie selon les essences. Cette dormance mĂ©canique se manifeste chez un certain nombre de genres des rĂ©gions tempĂ©rĂ©es, comme Crataegus, Carpinus ou Elaeagnus.
Attention : Ă l’inverse des “graines dures” prĂ©sentant une dormance physique classique, l’enveloppe de ces graines est permĂ©able aux liquides. Les traitements Ă©nergiques tels que le trempage dans l’eau bouillante ou l’acide ont ici pour effet de faire pĂ©nĂ©trer ces liquides Ă travers les enveloppes des graines (soumises Ă une dormance mĂ©canique et de tuer les embryons).
Au terme du traitement, les semences manifestant uniquement une dormance mĂ©canique sont prĂŞtes Ă semer. Toutefois, de nombreuses essences prĂ©sentent Ă©galement une dormance physiologique de l’embryon, que seul un traitement supplĂ©mentaire permet de lever (il faut relativiser ce point car le traitement Ă la chaleur humide qui permet de lever la dormance mĂ©canique fait souvent double emploi car il est souvent identique Ă celui qui permet de lever la dormance embryonnaire).
3D - LEVEE DE LA DORMANCE EMBRYONNAIRE
On attend des traitements destinĂ©s Ă lever la dormance embryonnaire qu’ils aboutissent Ă des changements physiologiques de l’embryon qui dĂ©clencheront la germination. Les traitements les plus efficaces sont ceux qui simulent les conditions naturelles d’une pĂ©riode cruciale du cycle de reproduction de la plante. Pour les climats tempĂ©rĂ©s, il s’agit essentiellement de faire subir une pĂ©riode de fraĂ®cheur humide Ă la semence (vernalisation / stratification), les autres traitements Ă©tant plus anectotiques.
+ La stratification Ă froid
Les espèces de climat tempĂ©rĂ© manifestent rarement une dormance morphologique, mais il arrive beaucoup plus souvent que leur semence (pourtant parfaitement dĂ©veloppĂ©es au moment de leur dispersion) ne puissent pas germer immĂ©diatement pour des raisons physiologiques. Le prĂ©traitement le plus indiquĂ© pour lever cette dormance physiologique consiste Ă reproduire les conditions d’hivernage auxquelles les graines sont soumises dans la nature (voir le mode opĂ©ratoire en première partie). Au cours de la stratification, les systèmes enzymatiques sont activĂ©s, les reserves alimentaires de la graine sont mĂ©tabolisĂ©es en formes assimilables et le ratio inhibiteur/promoteur de germination change.
En pĂ©pinière, outre qu’elle contribue Ă lever la dormance physiologique, la stratification froide diminue la sensibilitĂ© des graines dormantes et non dormantes Ă l’Ă©gard des conditions optimales d’Ă©clairement et de tempĂ©rature, ce qui a pour effet d’augmenter et d’uniformiser la germination pour un grand nombre de conditions. D’un point de vue gĂ©nĂ©ral, la durĂ©e de stratification des graines fraĂ®ches est infĂ©rieure Ă celle des graines qui ont Ă©tĂ©s prĂ©alablement stockĂ©es.
+ Traitement chimique de la dormance physiologique
Plusieurs Ă©tudes ont montrĂ© que certaines espèces germaient plus vite Ă la suite d’un traitement avec des agents chimiques tels que de l’eau oxygĂ©nĂ©e, de l’acide citrique et des gibberellines. Bien que ces effets bĂ©nĂ©fiques puissent ĂŞtre dĂ©montrĂ©s Ă de petites Ă©chelles au laboratoire, ce agent sont rarement, si ce n’est jamais, utilisĂ©s en pĂ©pinières; d’autant plus qu’ils ne peuvent pas rivaliser avec la stratificattion en matière de coĂ»t.
+ Autres traitements destinés à lever la dormance embryonnaire
Les rayons X, les rayons gamma, le rayonnement lumineux (spectre rouge) et les ondes sonores à haute fréquence ont été utilisés à titre expérimental pour lever la dormance et stimuler la germination. Toutefois, les résultats obtenus présentent souvent peu de cohérence et les effets secondaires parfois constatés (mutation des chromosomes, anomalies) rendent inutilisables ces techniques.
3E - CAS DES DORMANCES COMBINEES ET DES DOUBLES DORMANCES
Certaines espèces possèdent des graines combinant plusieurs formes de dormance. Un prĂ©traitement destinĂ© Ă lever une seule sorte de dormance est alors grandement inefficace s’il n’est pas suivi d’un prĂ©traitement destinĂ© Ă lever la seconde dormance.On parle essentiellement de dormance combinĂ©e, qui est un Ă©tat dans lequel deux facteurs primaires (ou plus) tels qu’une dormance embryonnaire et une dormance tĂ©gumentaire sont prĂ©sents; nĂ©cessitant chacun un prĂ©traitement. Par exemple, les graines impermĂ©ables du Tilleul d’AmĂ©rique (Tilia americana) doivent d’abord ĂŞtre scarifiĂ©es avant d’ĂŞtre stratifiĂ©es.La double dormance, quand Ă elle, est un Ă©tat dans lequel il y a une deux dormances embryonnaires distinctes (du radicule et de l’Ă©picotyl, par exemple), chacune nĂ©cessitant un traitement diffĂ©rent pour ĂŞtre levĂ©. Ce dernier type de dormance est difficile Ă prouver mais aurait Ă©tĂ© rapportĂ© pour certaines viornes (Viburnum).Pour de nombreuses espèces, un traitement appropriĂ© consiste Ă combiner incubation chaude puis stratification froide. La pĂ©riode d’incubation promeut la croissance / matĂ»ration de l’embryon et d’autres processus internes, tout en raccourcissant gĂ©nĂ©ralement la pĂ©riode consĂ©cutive de stratification froide. Ce double traitement a Ă©tĂ© appliquĂ© avec succès sur le prunier myrobolan (Prunus cerasifera). De nombreuses autres RosacĂ©es combinent une dormance mĂ©canique (due Ă un pĂ©ricarpe Ă©pais et coriace) et une dormance physiologique. ainsi, le double prĂ©traitement 4-8 semaines d’incubation chaude puis 12-16 semaines de stratification froide donne de bon rĂ©sultats avec l’aubĂ©pine monogyne, Crataegus monogyna, rĂ©putĂ© assez rebelle.Autres exemples : les semences de frĂŞne commun (Fraxinus excelsior) combinent dormance morphologique (embryon incomplètement dĂ©veloppĂ©) et dormance physiologique. Le traitement Ă la chaleur humide destinĂ© Ă lever la dormance morphologique doit ĂŞtre suivi d’un traitement au froid humide, seul efficace contre la dormance physiologique. Idem pour le cornouiller mâle, Cornus mas Ă©voquĂ© sur : http://www.greffer.net/forum/viewtopic.php?t=543 + Incubation chaude : mode opĂ©ratoireCe traitement s’applique aux semences prĂ©sentant une dormance tĂ©gumentaire mĂ©canique (voir paragraphe 3.C) ou une dormance combinĂ©e (prĂ©alablement Ă une stratification froide).- Faire tremper les semences pendant 48 heures dans plusieurs fois leur volume d’eau froide (3 Ă 5 °C environ).
- Egoutter les semences, puis les mĂ©langer Ă deux Ă quatre fois leur volume d’une substance hydrophile humidifiĂ©e (sable, mĂ©lange de sable et de tourbe, vermiculite).
- Entreposer à température assez élevée. Une température constante de 20–25 °C ou une température alternant de 20 °C à 30 °C conviennent à la majorité des essences.
- Ouvrir les rĂ©cipients chaque semaine, remuer les semences et, en prĂ©sence de signes de dessèchement en surface, humidifier de nouveau en pulvĂ©risant de l’eau.REFERENCES PRINCIPALES (pour aller plus loin) :- Guide de manipulation des semences forestières (FAO ) : http://www.fao.org/DOCREP/006/AD232F/AD232F00.HTM
- Woody plant seed manual : http://www.nsl.fs.fed.us/wpsm/
- La germination du Gingko biloba : http://www.ginkgo.biloba.online.fr/ [↩]
- “Les plantes Ă fleurs ont fait une apparition relativement tardive sur la Terre pour ensuite se subdiviser en deux groupes distincts comprenant d’une part, les monocotylĂ©dons -les cĂ©rĂ©ales comme le maĂŻs, le blĂ©, l’avoine, les graminĂ©es, etc. -, et les dicotylĂ©dons - les lĂ©gumineuses, les composĂ©es, la plupart des arbres sauf les conifères, etc. Le moment prĂ©cis oĂą se sont scindĂ©s ces deux groupes suscite de vives controverses. En effet, les estimĂ©s de divergence avancĂ©s par diffĂ©rents chercheurs ayant recours Ă des techniques molĂ©culaires vont de 200 Ă 300 millions d’annĂ©es avant aujourd’hui, une diffĂ©rence de 100 millions d’annĂ©es, ce qui n’est pas rien. Les preuves fossiles indiquent que les plus anciennes plantes Ă fleurs existaient il y a 145 millions d’annĂ©es (bien qu’un fossile Ă©quivoque ait Ă©tĂ© datĂ© Ă 225 millions d’annĂ©es) et que le dernier ancĂŞtre commun des conifères et des plantes Ă fleurs vivait toujours il y a 300 millions d’annĂ©es” : http://www.scom.ulaval.ca/Au.fil.des.evenements/1995/56/g7.html [↩]
- Voir http://www.nsl.fs.fed.us/wpsm/Genera.htm où 240 genres de plantes sont décrits assez exhaustivement (en anglais) : croissance, habitat, collecte des graines, prétraitement, germination, pépinière, espèces du genre, etc. De plus, dans cet ouvrage http://www.tela-botanica.org/actu/article1045.html, les auteurs ont répertorié les critères de levée de dormance des principales espèces que nous pouvons rencontrer en agriculture en France. Tous les milieux naturels et tous les types de production sont représentés. [↩]
- Par abus de langage, on parle de “vernalisation” pour parler de cette levĂ©e de dormance mais en rĂ©alitĂ© la “vernalisation” serait l’acquisition de l’aptitude Ă fleurir. Les mĂ©canismes, pas très bien connus, s’apparentent Ă ceux de la dormance. Cette vernalisation peut avoir lieu dans la graine (cas du blĂ© d’hiver), d’oĂą la probable confusion, mais aussi Ă d’autres stades [↩]
- Ne pas confondre stratification et scarification : la scarification est une technique qui permet de faciliter la germination. Celle-ci consiste Ă inciser l’enveloppe de la semence par des moyens mĂ©caniques (papier sable, lame de rasoir, limes Ă ongles, etc), essentiellement afin de faciliter la pĂ©nĂ©tration de l’eau. Certaines semences peuvent nĂ©cessiter scarification et stratification. [↩]
- Pour les toutes petites graines retrouvĂ©es dans les fruits charnus, une astuce de sĂ©chage consiste Ă poser les graines sur une planche en bois plutĂ´t que sur du papier ou du buvard : celĂ Ă©vite d’arracher des lambeaux de papier avec chaque graine lors de la rĂ©cupĂ©ration finale. [↩]
- Les tourbières sont des milieux naturels pauvres et très fragiles, mais néanmoins extrêmement riches. En Europe, la rapide disparition de ces zones humides particulières entraine la disparition d’une cohorte de végétaux extraordinaires, dont les mythiques « plantes carnivores ». Limitez au maximum l’usage de tourbe blonde (et de sphaigne). Personnellement, je « recylce » mon mélange tourbe / sable en le réutilisant tous les ans : je le laisse sécher une fois mes graines récupérées et je le réhydrate l’automne suivant (jusqu’à présent, je n’ai jamais constaté d’augmentation des moisissures) [↩]
- Il est possible que certaines graines présentent une racine déjà bien développée voire même une plantule). Attention, dans ce cas, ces organes sont très fragiles et risquent de se briser lors du retournement du pot, compromettant définitivement la survie et la vigueur du plant. [↩]
- Il est possible de semer directement en place (en pleine terre) les grosses graines, les conditions hivernales -des zones USDA 7 ou plus basses- étant par excellence les conditions d’une vernalisation. Toutefois, du fait d’un contrôle moins évident sur le sol (humidité, drainage, texture, flore microbienne, etc.) et son environnement (rongeurs) ; le taux de germination réussie est généralement plus faible. On peut améliorer l’efficacité du processus en semant directement en place dans des petits poquets de sable + terreau. [↩]
- En cas de stratification en pot, si on ne vérifie que l’état des graines de surface, on risque de trouver des graines présentant des racines démesurément longues et des plantules pourrissantes sur les graines du fond, lorsque les graines de surface commenceront à germer. Non seulement ce n’est pas bon pour les graines mais en plus cela rend très difficile les opérations de dépotage / transplantation. [↩]
- Je pense par exemple au semis de l’extraordinaire Bananier lotus d’or, Musella lasiocarpa, dont les graines nĂ©cessitent 6 Ă 8 semaines de vernalisation dans de la sphaigne humide vers 5°C, avant d’ĂŞtre semĂ©es Ă tempĂ©rature ambiante [↩]
- Crédit image : http://bioeco.free.fr [↩]
- voir http://fr.ekopedia.org/Graines_germ%C3%A9es et http://www.fao.org/docrep/006/AD232F/ad232f00.HTM pour des précisions sur le processus de germination [↩]
- Une graine viable est dĂ©finie comme une graine susceptible de germer lorsque les conditions s’y prĂŞtent, pour peu que toute dormance Ă©ventuelle ait Ă©tĂ© levĂ©e. Voir http://www.nsl.fs.fed.us/wpsm/Chapter5.pdf pour des prĂ©cisions sur le test des semences en gĂ©nĂ©ral [↩]
- La plupart des essences des forĂŞts tropicales humides ne sont pas concernĂ©es par la dormance. Les conditions de tempĂ©rature, d’humiditĂ© et de concentration en oxygène sont presque invariablement propices Ă la germination immĂ©diate après dissĂ©mination, de sorte que les semences germent gĂ©nĂ©ralement en quelques jours ou quelques semaines et ne tireraient aucun avantage de la dormance. Dans les rĂ©gions tropicales sèches, la dormance tĂ©gumentaire est par contre fort rĂ©pandue, et seule une forme ou une autre de prĂ©traitement permet d’obtenir une germination rapide et uniforme [↩]
- Il existe des classifications plus détaillées de la dormance. Voir par exemple http://www.fao.org/DOCREP/006/AD232F/ad232f11.htm [↩]
- Voir en page 8 de http://biologique.free.fr/cours/phyv/Developpement%20vegetatif.pdf pour des exemples d’espèces contenant des inhibiteurs chimiques [↩]
- Attention, la lumière peut inhiber la germination de certaines graines : on parle de photosensibilité négative. En général 70% des graines ont une photosensibilité positive, 25% sont à photosensibilité négative et 5% sont indifférente : http://biologique.free.fr/cours/phyv/Developpement%20vegetatif.pdf [↩]
- Le phytochrome activĂ© stimule la synthèse des protĂ©ines et surtout agit sur la permĂ©abilitĂ© membranaire des cellules. On notera que l’action des phytochromes est synergique de celles de gibbĂ©rellines. Certaines graines possèdent leur phytochrome sous forme dĂ©jĂ activĂ©e : la dormance est alors assurĂ©e par d’autres processus. [↩]
- La durée du traitement des semences à dormance mécanique varie de 2 semaines pour certaines espèces de Prunus à 16 semaines pour certaines espèces de Crataegus. [↩]
- Si l’on utilise du sable ou du gravier pour brasser les graines dans une bĂ©tonière, il importe de le tamiser, afin de pouvoir le sĂ©parer facilement des semences Ă l’aide d’un tamis de maille appropriĂ©e [↩]
- Les professionnels dĂ©sirant se renseigner sur le traitement Ă l’acide des semences peuvent se rĂ©fĂ©rer Ă http://www.fao.org/DOCREP/006/AD232F/ad232f11.htm [↩]
- Trois rappels pour les inconscients qui ne suivraient pas ce conseil plein de bon sens : gants spĂ©ciaux, lunettes, blouse et rĂ©cipients adaptĂ©s essentiels ; “acide dans l’eau = bravo… eau dans l’acide = suicide” et SAMU : 15 [↩]
- L’écorce Ă©paisse et isolante du chĂŞne-liège ne brĂ»le que superficiellement et protège les tissus conducteurs de la sève en mĂŞme temps que l’assise gĂ©nĂ©ratrice du liège. Après un feu, des bourgeons “dormants” sous l’écorce se rĂ©veillent et donnent naissance Ă de nouvelles pousses, ce qui permet au chĂŞne-liège, environ vingt mois après le passage du feu, de reformer une couronne vĂ©gĂ©tale. Toutefois privĂ© de son Ă©corce protectrice, le chĂŞne-liège est incapable de se dĂ©fendre contre le feu. On a ainsi pu Ă©tablir que la mortalitĂ© en cas d’incendie atteignait 100 % immĂ©diatement après le dĂ©liĂ©geage, 70 % après trois ans et seulement 2 % pour après neuf ans. http://www.lesarbres.fr/fiche-chene3.php [↩]
Catégorie : Principes et mĂ©thodologie gĂ©nĂ©rale